Francis Lelong, cofondateur de Sarenza, l’un des pionniers français de la vente de chaussures en ligne, revient sur l’un des épisodes les plus marquants de sa carrière entrepreneuriale : son éviction inattendue de l’entreprise qu’il avait lui-même créée. En l’espace de seulement 24 heures, il a été contraint de quitter la direction de Sarenza, un coup dur qui rappelle que la vie des entreprises, même les plus innovantes, peut parfois basculer du jour au lendemain.\n\nAu début des années 2000, Sarenza se lance en France avec l’ambition de révolutionner la manière dont les consommateurs achètent leurs chaussures. Sous la houlette de Francis Lelong et de ses associés, la start-up connaît une croissance fulgurante, surfant sur la vague montante du e-commerce. Gérer cette croissance rapide représente cependant un défi de taille. Pour soutenir son développement, Sarenza ouvre son capital à de nouveaux investisseurs, une étape devenue quasi incontournable pour nombre de jeunes pousses ambitieuses.\n\nMais l’entrée de fonds extérieurs dans le capital marque aussi l’arrivée de nouveaux enjeux et bouleverse parfois l’équilibre initial entre fondateurs et investisseurs. Francis Lelong confie que cette évolution majeure a fini par lui coûter sa place, malgré son statut de cofondateur. « En 24 heures, j’ai été viré de ma propre entreprise », résume-t-il avec une pointe d’amertume. Officiellement, la décision fait suite à des dissensions stratégiques sur l’orientation du groupe et son mode de gouvernance.\n\nCette éviction brutale n’est pas un cas isolé dans l’écosystème des start-up françaises. Face à la nécessité de lever des fonds pour accompagner leur expansion, de nombreux entrepreneurs acceptent de céder une partie de leur influence, jusqu’à parfois perdre le contrôle de leur société. Francis Lelong insiste d’ailleurs sur la part d’incertitude qui règne dans ces aventures entrepreneuriales : « Quand on est fondateur, on imagine difficilement que l’on puisse être écarté du jour au lendemain. Pourtant, cela arrive, surtout quand les intérêts divergent avec ceux des nouveaux actionnaires ».\n\nSi ce départ précipité fut vécu comme un véritable choc, Francis Lelong en garde toutefois des enseignements précieux. Pour lui, cette expérience a souligné l’importance de bien s’entourer et de toujours garder à l’esprit les risques inhérents à l’ouverture du capital, au-delà des moyens financiers qu’elle procure. Il met aussi en garde les jeunes entrepreneurs contre la tentation de trop rapidement se délester de leur pouvoir de décision : « Il faut être très vigilant sur les pactes d’actionnaires, sur les clauses qui peuvent permettre de vous retirer sans ménagement. Beaucoup de fondateurs négligent ces aspects au départ ».\n\nLa suite du parcours de Francis Lelong démontre cependant qu’une éviction, si brutale soit-elle, ne signe pas la fin d’une carrière : après Sarenza, il a poursuivi son engagement dans l’univers du numérique et du commerce en ligne, multipliant les projets innovants. Son témoignage reste un signal d’alerte adressé aux entrepreneurs, appelés à concilier impératifs financiers et préservation de leur vision à long terme face à la pression des investisseurs.
