La décision de l’administration Trump, en 2017, d’abroger un texte capital en matière de lutte contre le réchauffement climatique, a marqué un tournant dans la politique environnementale des États-Unis. Ce texte, connu sous le nom de « Clean Power Plan », incarnait l’effort le plus ambitieux jamais entrepris par le gouvernement fédéral américain pour réduire les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle nationale. Retour sur les mesures phares de ce plan, leur portée et les conséquences de leur suppression.\n\nAdopté sous la présidence de Barack Obama, le Clean Power Plan visait à transformer le paysage énergétique américain. Son objectif principal ? Contraindre les centrales électriques à charbon, responsables d’une large part des émissions de dioxyde de carbone (CO2), à réduire nettement leur impact environnemental. Le plan prévoyait une baisse de 32% des émissions de CO2 du secteur électrique d’ici à 2030 par rapport au niveau de 2005. Il s’agissait, selon ses promoteurs, d’une étape essentielle pour respecter les engagements pris par les États-Unis dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat.\n\nPour atteindre ces objectifs, le texte instaurait des normes contraignantes pour chaque État fédéré, tout en leur laissant une grande latitude dans les moyens à mettre en œuvre. Les gouverneurs pouvaient choisir d’investir massivement dans les énergies renouvelables, comme le solaire et l’éolien, de moderniser leurs infrastructures ou d’encourager l’efficacité énergétique. Certains États s’orientaient vers la conversion progressive des centrales à charbon en installations à gaz, nettement moins émettrices de CO2. Cette flexibilité devait leur permettre de s’adapter à leurs ressources et à leur mix énergétique existant.\n\nMais la portée du Clean Power Plan n’était pas seulement écologique. Il suscitait aussi des espoirs en termes d’innovation industrielle, de création d’emplois « verts » et de stimulation de secteurs émergents. D’un autre côté, le secteur du charbon et certains producteurs d’énergie voyaient dans cette législation une menace directe pour leur activité et leurs emplois. Plusieurs poursuites judiciaires furent engagées pour contester le plan, conduisant à sa suspension partielle par la Cour suprême en 2016, avant même son entrée en vigueur complète.\n\nL’élection de Donald Trump a donné un coup d’arrêt brutal à ce projet, dans le cadre d’une politique générale de déréglementation au profit de l’industrie fossile. Par décret signé en mars 2017, le président annonçait l’abandon du Clean Power Plan, estimant qu’il freinait la croissance économique et mettait en péril l’emploi dans les États miniers. Cette décision a provoqué de vives réactions au sein de la communauté scientifique et auprès de nombreux gouverneurs, qui ont dénoncé un retour en arrière face à l’urgence climatique internationale. Certains États ont malgré tout choisi de poursuivre, à leur échelle, des politiques de transition énergétique ambitieuses.\n\nLa disparition du Clean Power Plan a ainsi mis en lumière les profondes divisions aux États-Unis sur la question environnementale. Si l’abrogation a offert un sursis au secteur charbonnier, elle a aussi ralenti le rythme des transformations nécessaires à la réduction des émissions à l’échelle fédérale. Elle interroge, enfin, sur la capacité du pays à respecter ses engagements internationaux et à assumer un rôle moteur dans la lutte contre le dérèglement climatique.
