Dans la rivalité économique opposant les États-Unis à la Chine, la trajectoire du yuan face au dollar demeure un enjeu majeur. Si le bras de fer entre les deux puissances économiques mondiales fait l’objet d’une attention constante des marchés, les politiques monétaires et commerciales américaines, impulsées par Donald Trump depuis son retour sur le devant de la scène politique, pourraient paradoxalement bénéficier à Pékin. Analyse.

Avec son slogan « America First » et ses positions protectionnistes, Donald Trump a profondément marqué la politique commerciale américaine, initiant une guerre tarifaire d’envergure contre la Chine dès 2018. Cette volonté de contenir l’essor économique chinois, traduite par l’imposition de droits de douane sur près de 370 milliards de dollars d’importations chinoises, devait selon ses partisans rééquilibrer la balance commerciale américano-chinoise. Pourtant, les effets à long terme de cette stratégie pourraient desservir le dollar et, par ricochet, renforcer la position de la devise chinoise sur la scène internationale.

Dans la perspective d’un second mandat de Donald Trump, nombre d’économistes s’inquiètent d’une possible escalade protectionniste susceptible de perturber davantage les échanges mondiaux. Les mesures de relocalisation industrielle, d’augmentation des tarifs douaniers et d’hostilité accrue à l’égard de la Chine pourraient exercer des pressions sur le commerce mondial et affaiblir la confiance envers le leadership économique américain. Ce contexte pourrait inciter plusieurs États, notamment en Asie ou en Afrique, à diversifier leurs réserves de change au détriment du dollar, accordant ainsi davantage de place au yuan.

La Chine, de son côté, n’a pas caché ses ambitions de faire du yuan une devise de référence à l’international. Pékin a multiplié les accords d’échanges bilatéraux dans sa monnaie, accompagné la création d’une alternative au système SWIFT avec son propre réseau de transactions financières, et inscrit le yuan dans le panier de devises du FMI. La défiance croissante vis-à-vis du dollar, accentuée par l’incertitude géopolitique et les risques de sanctions américaines, confère ainsi à la Chine une opportunité inattendue d’élargir l’adoption de sa monnaie.

Selon plusieurs analystes, la politique américaine de Donald Trump pourrait renforcer l’argumentaire de Pékin en faveur d’une dédollarisation partielle. L’instabilité des règles commerciales et la menace de sanctions systématiques fragilisent le statut du billet vert comme valeur refuge. À l’inverse, la Chine pourrait se profiler en partenaire commercial alternatif, plus stable, pour certains pays face à une Amérique jugée imprévisible.

Cette dynamique est déjà perceptible dans la tendance de certains échanges énergétiques ou de matières premières qui s’effectuent désormais en yuan, notamment avec la Russie et plusieurs pays émergents. Si la suprématie du dollar n’est pas menacée à court terme, la volonté américaine de s’isoler pourrait, à moyen terme, offrir à la devise chinoise une opportunité d’élargir son influence.

Ainsi, la confrontation entre Washington et Pékin sur le terrain économique pourrait, à rebours de ses intentions initiales, déboucher sur un rééquilibrage monétaire mondial. La politique de Donald Trump, en exacerbant les tensions, risque de précipiter la diversification des flux financiers internationaux et d’accélérer l’ascension du yuan, offrant à la Chine un levier inespéré dans sa lutte de pouvoir face aux États-Unis.

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