À l’heure où les moyens de paiement numériques s’imposent dans les habitudes quotidiennes, Marc Schwartz, président-directeur général de la Monnaie de Paris, se veut rassurant : pour lui, l’argent liquide, loin de céder la place au tout numérique, a encore de beaux jours devant lui sur le Vieux Continent. « Je ne crois pas du tout en la disparition du cash en Europe », affirme-t-il avec conviction lors de récentes déclarations publiques. Une position ferme, qui invite à reconsidérer l’avenir des espèces dans une société souvent pensée comme de plus en plus dématérialisée.

Sous la houlette de Marc Schwartz, la Monnaie de Paris – institution bicentenaire chargée de la fabrication des pièces en euro françaises ainsi que des médailles et décorations officielles – observe avec attention l’évolution des paiements au sein de l’Union européenne. Si l’usage des cartes bancaires, du paiement mobile ou encore des applications dédiées connaît une croissance exponentielle, M. Schwartz distingue les tendances passagères des phénomènes structurels. Loin de voir dans la popularité du « sans contact » l’annonce d’une extinction du numéraire, il rappelle que la monnaie fiduciaire remplit toujours des fonctions essentielles dans l’économie.

Premièrement, l’argent liquide demeure un pilier de l’inclusion financière. De nombreux citoyens européens, en particulier les personnes âgées ou non bancarisées, demeurent tributaires du cash pour effectuer leurs achats quotidiens et régler leurs dépenses courantes. « Exclure le cash reviendrait à marginaliser une partie non négligeable de la population », martèle le patron de la Monnaie de Paris. Cette dimension sociale s’ajoute à un impératif de liberté individuelle : les espèces garantissent l’anonymat et permettent à chacun d’opérer sans surveillance de ses transactions, une prérogative qui s’inscrit au cœur des libertés publiques.

Marc Schwartz souligne également la résilience du cash en temps de crise. Les récents épisodes de pannes informatiques majeures et de cyberattaques ayant paralysé les réseaux bancaires ont rappelé l’importance de disposer d’une alternative fiable et indépendante des infrastructures numériques. En cas de catastrophes naturelles ou de défaillance du système financier, l’argent physique apparaît comme un rouage indispensable au fonctionnement de l’économie réelle.

À ses yeux, la dématérialisation croissante des paiements – facilitée par la pandémie de Covid-19 et le développement de nouveaux acteurs dans la Fintech – doit donc être pensée comme un complément, et non un substitut au cash. « Le digital apporte des solutions indéniables en termes de rapidité et de commodité, mais il a aussi ses limites », analyse-t-il, pointant les risques liés à la protection des données personnelles et à la fracture numérique dans certaines régions rurales ou quartiers populaires.

Cette analyse rejoint celle d’autres acteurs institutionnels internationaux, à l’instar de la Banque centrale européenne, qui plaide pour la préservation de l’accès aux espèces tout en poursuivant les travaux sur l’euro numérique. Pour l’heure, selon les dernières études menées par la BCE, la part des paiements en cash représenterait encore plus de 50% des transactions dans la zone euro, un chiffre qui témoigne de l’ancrage profond du numéraire dans les usages.

La Monnaie de Paris, forte d’une histoire pluriséculaire, positionne donc la France comme un acteur pleinement engagé dans la défense d’un système de paiement pluraliste, garant du bon fonctionnement comme de la résilience de l’économie. Pour Marc Schwartz, la complémentarité entre numéraire et paiements électroniques n’est pas incompatible, au contraire : elle constitue, à ses yeux, un facteur d’équilibre et d’inclusion dans la société européenne de demain.

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