Confrontée à une rigueur budgétaire de plus en plus marquée, l’Agence française de développement (AFD) a néanmoins choisi de maintenir le niveau de ses investissements pour l’année 2025. Malgré un contexte marqué par les restrictions de dépenses publiques, l’établissement public chargé de mettre en œuvre la politique de développement de la France à l’international se veut rassurant sur sa capacité à poursuivre ses missions prioritaires.
L’année 2024 a été particulièrement tendue sur le plan budgétaire pour l’AFD, dans la foulée des choix opérés par le gouvernement pour redresser les finances publiques. Les marges de manœuvre ont été réduites par des coupes transversales touchant l’ensemble de l’action publique, et la politique de solidarité internationale n’a pas échappé à la règle. Néanmoins, selon plusieurs sources internes, l’agence a réussi à sanctuariser la majorité de ses opérations d’investissement. « Nous avons travaillé à rationaliser certains axes de dépense sans toucher à l’essentiel. Les projets en cours et les engagements majeurs sont confirmés pour 2025 », explique un haut responsable de l’établissement.
Cette politique de préservation s’est accompagnée d’une réévaluation stratégique du portefeuille de projets soutenus. Parmi les secteurs considérés comme prioritaires figurent l’éducation, la santé, l’accès à l’eau potable et le soutien à la transition énergétique, notamment en Afrique subsaharienne, zone de concentration historique de l’aide française. L’AFD indique également avoir renforcé ses principes d’efficacité et de transparence tout au long du processus de sélection et d’évaluation des initiatives financées. En 2025, plus que jamais, la doctrine affichée est celle du « faire mieux avec autant, voire moins ».
Ce choix de maintenir l’effort financier, malgré les contraintes, s’appuie sur des arguments que l’agence estime indiscutables : le rôle central de l’aide au développement dans le rayonnement international de la France et dans la stabilité globale, mais aussi la responsabilité qui incombe face aux enjeux humanitaires croissants. Pour le management de l’AFD, la période actuelle exige une « discipline sans faille » pour optimiser l’allocation des ressources, tout en veillant à ne pas sacrifier la visibilité internationale de l’action française.
Au-delà des discours, la direction met en avant plusieurs chiffres pour soutenir sa position. Ainsi, le volume cumulé des nouveaux financements pour 2025 devrait rester stable par rapport à l’exercice précédent, autour de 13 milliards d’euros selon les projections internes. Le portefeuille des projets approuvés ne devrait pas connaître de baisse significative et la part des montants alloués aux objectifs climatiques – une priorité officielle du gouvernement – sera maintenue à plus de 50 %. « C’est un signal fort à la fois pour nos partenaires sur le terrain et en Europe, où la question de la solidarité internationale reste d’actualité », souligne un expert du secteur.
Malgré tout, certains craignent que cette stabilité ne masque pas des difficultés futures. Plusieurs syndicats s’inquiètent d’une charge de travail croissante et d’une pression accrue sur les équipes, obligées de jongler avec des moyens humains stagnants. D’autres spécialistes pointent un risque : celui d’un effet de ciseaux si de nouvelles coupes venaient à être décidées en 2026 ou au-delà. « Le choix du court terme pourrait imposer de faire des arbitrages beaucoup plus douloureux à l’avenir si la trajectoire budgétaire française ne s’améliore pas », prévient un analyste indépendant.
Dans ce climat incertain, l’AFD poursuit néanmoins son action avec la volonté claire d’éviter la remise en cause de ses fondamentaux. Pour l’heure, l’institution mise sur la continuité de son engagement, considérant qu’en période de crise, les investissements dans le développement restent l’un des leviers les plus rentables à long terme, à la fois pour les pays bénéficiaires et pour la France.
