Coup de semonce pour BP : lors de l’assemblée générale annuelle tenue ce jeudi à Londres, les actionnaires du géant pétrolier britannique ont infligé un sérieux revers à la nouvelle direction de l’entreprise en exprimant massivement leur désapprobation quant à sa trajectoire climatique.

Au cœur des tensions, la stratégie de transition énergétique adoptée par le groupe. Longtemps positionné parmi les majors pétrolières les plus volontaristes en matière climatique, BP avait, en 2020, annoncé sous l’impulsion de son alors PDG Bernard Looney, un virage marqué vers la neutralité carbone à horizon 2050. L’entreprise s’était engagée à réduire de 40 % sa production d’hydrocarbures d’ici la fin de la décennie et à investir massivement dans les renouvelables.

Or, depuis le départ de M. Looney l’an dernier et l’arrivée du nouveau patron, Murray Auchincloss, BP a revu à la baisse certains de ses objectifs, notamment sur la réduction de sa production pétrolière, mettant en avant la nécessité de préserver la rentabilité et de continuer à répondre à la demande mondiale d’énergie. Un infléchissement qui a provoqué la colère d’une partie des actionnaires, mais aussi des ONG environnementales, ces dernières voyant dans cette réorientation la première vraie marche arrière climatique d’un grand énergéticien européen.

Concrètement, la résolution déposée par le groupement d’actionnaires activistes Follow This, soutenue par plusieurs investisseurs institutionnels, visait à enjoindre BP à aligner ses objectifs sur ceux de l’Accord de Paris, en renforçant notamment ses engagements sur la réduction absolue des émissions de gaz à effet de serre à court et moyen terme. Lors du scrutin, près de 18 % des actionnaires ont soutenu cette motion, un score en progression par rapport à l’année dernière et considéré comme significatif dans une assemblée générale où la majorité des votes s’effectue traditionnellement selon la ligne de la direction.

En parallèle, près de 16 % des actionnaires ont refusé d’apporter leur quitus à la stratégie climatique officiellement portée par le conseil d’administration de BP, marquant ainsi, selon de nombreux observateurs, un niveau de dissidence record. L’an passé, cette part n’atteignait que 10 %. Cette contestation, sans être majoritaire, envoie un signal clair à la direction : une proportion croissante de la base actionnariale souhaite que le groupe amplifie ses efforts contre le changement climatique et considère que la nouvelle trajectoire manque d’ambition, au moment même où nombre de gouvernements européens réaffirment leurs propres engagements climatiques.

Face à cette fronde, Murray Auchincloss s’est dit attentif « aux préoccupations qui se sont exprimées » tout en rappelant que BP poursuit « un équilibre entre la fourniture d’énergie abordable et fiable, la création de valeur pour ses actionnaires et la nécessité de décarboner ses activités ». Un message qui peine à convaincre une partie des investisseurs, lesquels attendent désormais des preuves concrètes de la capacité de l’entreprise à conjuguer rentabilité financière et transition énergétique accélérée.

Le débat qui s’installe au sein de BP reflète une problématique partagée par l’ensemble du secteur pétrolier européen, confronté au difficile équilibre entre transition climatique et résultats économiques, sur fond de volatilité des marchés énergétiques et de tensions géopolitiques. L’avenir de la stratégie climatique de BP, et plus largement du secteur, pourrait bien dépendre des réponses apportées aux exigences croissantes de ses actionnaires.

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