Le couperet est tombé pour le papetier Fibre Excellence, fleuron industriel du sud de la France. L’entreprise, qui emploie près de 670 personnes entre ses sites de Tarascon (Bouches-du-Rhône) et Saint-Gaudens (Haute-Garonne), a été placée lundi en redressement judiciaire par le tribunal de commerce. Cette décision marque un tournant pour un secteur déjà fragilisé par la hausse des coûts de l’énergie et la concurrence internationale.\n\nFondé il y a plusieurs décennies, Fibre Excellence est l’un des derniers grands producteurs français de pâte à papier, une matière clé pour la fabrication du papier, du carton et de nombreux matériaux d’emballage. Son rôle est stratégique, car l’entreprise alimente tout un écosystème industriel et forestier local, notamment dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Mais depuis plusieurs années, l’entreprise rencontre de sérieuses difficultés financières.\n\nFace à la montée des coûts de l’énergie, à l’inflation du prix du bois et à l’effritement de la demande de papier, Fibre Excellence éprouve les plus grandes peines à équilibrer ses comptes. Si l’entreprise avait déjà connu une première restructuration en 2020, avec le soutien de l’État et la mobilisation de ses actionnaires, elle n’a depuis cessé de lutter pour assurer sa rentabilité.\n\nLe placement en redressement judiciaire vise notamment à offrir un sursis à la société pour poursuivre son activité tout en recherchant des solutions de sauvetage. Une période d’observation de six mois s’ouvre désormais, durant laquelle le tribunal va suivre de près la gestion de l’entreprise et l’élaboration d’un éventuel plan de continuation ou de cession. Pour les salariés, l’inquiétude est palpable. Nombre d’entre eux redoutent que cette nouvelle étape ne débouche sur une suppression massive d’emplois, dans des bassins industriels déjà éprouvés.\n\nDans un communiqué, la direction de Fibre Excellence s’est voulue rassurante, assurant que « l’activité se poursuit » et que « tout est mis en œuvre pour trouver les meilleures solutions dans l’intérêt des salariés et du tissu économique local ». Les syndicats, de leur côté, réclament la préservation des 670 postes menacés et appellent l’État à engager rapidement un dialogue avec tous les acteurs de la filière.\n\nLes collectivités locales observent la situation avec une vive attention. Le site de Tarascon, plus important employeur industriel du département, irrigue un vaste tissu de sous-traitants et procure des débouchés à la filière bois régionale. Ses difficultés font ainsi craindre un effet domino sur l’économie locale, alors que l’industrie papetière française subit déjà la concurrence des pays nordiques et d’Asie, où les coûts de production sont moindres.\n\nEn toile de fond, c’est la question de la souveraineté industrielle qui ressurgit. Plusieurs élus du territoire rappellent l’importance stratégique de conserver en France des unités de production de pâte à papier, un secteur jugé vital pour la chaîne de valeur industrielle et pour la transition vers une économie plus respectueuse de l’environnement, reposant sur des emballages biodégradables.\n\nLe redressement judiciaire de Fibre Excellence constitue donc un test pour la capacité des acteurs publics et privés à sauver une industrie en profonde mutation. Dans les prochains mois, d’intenses négociations sont attendues avec les créanciers, les actionnaires et des repreneurs potentiels. Un enjeu majeur pour la survie de l’entreprise et le maintien des emplois sur le territoire.

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