Le secteur du tourisme à Cuba connaît un revers historique. Selon les chiffres publiés récemment par l’Office national de la statistique, l’île a enregistré une baisse de près de 50% de son affluence touristique au cours du premier trimestre, une situation préoccupante pour un pays qui dépend fortement de cette industrie pour son économie. Avec environ 700 000 visiteurs accueillis entre janvier et mars, contre plus de 1,3 million à la même période l’an passé, l’écart est considérable et inquiète aussi bien les autorités que les professionnels du secteur.

Ce fléchissement s’explique par un contexte international difficile et la multiplication des restrictions imposées aux voyageurs, autant par la pandémie de Covid-19 que par la politique de sanctions des États-Unis envers l’île. Depuis son durcissement par l’administration Trump et la prolongation de certaines mesures sous le mandat de Joe Biden, le tourisme américain, jadis en pleine expansion sur l’île, s’est particulièrement tarit, aggravant la situation. Les multiples coups de boutoir à l’économie cubaine – rationnement, inflation galopante et difficulté d’approvisionnement – n’ont fait que renforcer la méfiance des voyageurs internationaux.

En conséquence, la quasi-totalité des hôtels et des structures d’accueil connaissent des taux d’occupation au plus bas, et de nombreux professionnels déplorent des licenciements ou des mises au chômage technique. Les acteurs du secteur pointent également le manque d’investissements étrangers et la vétusté croissante des infrastructures hôtelières, qui peinent à rivaliser avec celles des destinations voisines dans la Caraïbe. Plusieurs agences de voyages rapportent des annulations massives et une chute de nouvelles réservations, malgré des offres promotionnelles agressives.

Cette contraction du tourisme a des répercussions palpables sur l’ensemble de l’économie cubaine. Avec plus de deux milliards de dollars de recettes annuelles en temps normal, le tourisme constitue la deuxième source de revenus du pays après les services médicaux à l’étranger. La baisse des devises réduit d’autant la capacité du pays à importer les produits essentiels et fait peser une pression accrue sur une population soumise à de pénibles restrictions. Les commerces, les marchés locaux et les petits entrepreneurs du secteur informel, souvent alimentés par les visiteurs étrangers, sont également frappés de plein fouet.

Interrogé par la presse, un responsable du ministère cubain du Tourisme souligne les efforts du gouvernement pour relancer l’activité : assouplissement des protocoles sanitaires, campagnes promotionnelles à destination de marchés traditionnels comme le Canada, la Russie ou l’Europe, ou encore diversification de l’offre touristique avec le développement de l’écotourisme et du tourisme culturel. Malgré ces initiatives, la conjoncture reste incertaine. Les opérateurs touristiques redoutent une saison estivale en demi-teinte, d’autant que le climat d’instabilité économique et sociale sur l’île pourrait décourager de potentiels visiteurs.

Dans ce contexte, la reprise du tourisme à Cuba apparaît plus que jamais conditionnée à une amélioration des relations internationales, à la réouverture effective des frontières pour les grandes vagues de voyageurs et à la mise en œuvre de réformes structurelles. Autant de défis d’envergure pour une économie déjà fragile, et qui devra faire face, dans les mois à venir, à une concurrence régionale de plus en plus vive.

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