La crise qui secoue depuis plusieurs années l’industrie pétrolière vénézuélienne continue de s’accentuer. Selon des experts et des chiffres officiels, moins de 30 % des puits de pétrole du pays sont toujours opérationnels, une situation inédite pour cet État d’Amérique latine historiquement perçu comme l’une des principales puissances énergétiques du continent. Ce déclin spectaculaire traduit à la fois l’ampleur des difficultés structurelles et conjoncturelles auxquelles fait face le secteur, poumon économique du Venezuela.
Au cours des deux dernières décennies, la production pétrolière vénézuélienne a connu une chute vertigineuse. Si, dans les années 1990, le pays était encore capable de produire plus de 3 millions de barils par jour, ce chiffre a été divisé par plus de dix selon les estimations les plus pessimistes. À l’heure actuelle, la production journalière oscillerait autour de 700 000 barils, loin de l’objectif affiché par le gouvernement de Nicolas Maduro de retrouver prochainement le niveau du million de barils.
Ce déclin s’explique d’abord par une gestion controversée et, selon certains, catastrophique de la compagnie d’État PDVSA (Petróleos de Venezuela SA). De nombreux cadres, ingénieurs et techniciens hautement qualifiés ont quitté l’entreprise au fil des ans, en raison de salaires trop faibles, de conditions de travail précaires ou de pressions politiques. Ce vaste exode de talents a fragilisé la capacité du groupe à entretenir et exploiter efficacement les infrastructures pétrolières réparties sur l’ensemble du territoire.
Par ailleurs, le Venezuela tente de faire face à l’embargo imposé par les États-Unis depuis 2019, qui cible directement l’industrie pétrolière. Cette décision, prise en réponse au maintien contesté de Nicolas Maduro au pouvoir, a compromis l’accès de PDVSA aux marchés, aux financements internationaux et à la technologie nécessaire au maintien des puits. L’absence de pièces de rechange et de capitaux a accéléré le vieillissement de nombreuses installations, qu’il s’agisse des champs de la ceinture de l’Orénoque, de l’ouest du pays ou du lac de Maracaibo.
Les conséquences de cette contraction de l’activité sont considérables. Sur le plan économique, les rentrées en devises se sont effondrées, aggravant les difficultés d’un pays déjà confronté à l’hyperinflation et à une pauvreté endémique. De nombreux travailleurs du secteur ont perdu leur emploi ou ont vu leurs conditions se détériorer. Sur le plan social, la dégradation de l’industrie provoque des migrations internes et alimente la crise humanitaire. Enfin, sur le plan environnemental, l’abandon de nombreux puits entraîne des dommages collatéraux tels que des fuites de pétrole non maîtrisées polluant les sols et les nappes phréatiques.
Face à cette situation, l’exécutif vénézuélien tente de susciter de nouveaux partenariats internationaux, notamment avec la Chine, la Russie ou l’Iran, afin de relancer la production. Mais la méfiance des investisseurs, conjuguée à la persistance des sanctions, complique la tâche du gouvernement. De leur côté, plusieurs analystes estiment qu’un redressement pérenne du secteur pétrolier vénézuélien dépend avant tout d’une refondation institutionnelle profonde, permettant de restaurer la confiance et la technicité perdues au fil des ans.
Tandis que d’autres pays producteurs profitent de la remontée des prix du baril sur le marché mondial, le Venezuela reste, pour l’heure, en marge de cette dynamique. L’avenir proche du premier pays détenteur de réserves prouvées au monde demeure incertain, tant sur le plan technologique qu’économique et politique.
