Le paysage bancaire européen connaît une nouvelle mutation de taille avec l’annonce, ce jeudi 13 juin, du rachat de la banque portugaise Novobanco par le groupe BPCE pour un montant de 6,7 milliards d’euros. Cette opération vient renforcer la présence à l’international du deuxième groupe bancaire français, fruit de la fusion des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne, et illustre sa stratégie de diversification sur des marchés à fort potentiel.
Fondée en 2014 à la suite de la résolution de Banco Espírito Santo, ancienne figure du secteur financier portugais, Novobanco était sous le contrôle du fonds américain Lone Star, qui détenait jusqu’alors 75 % du capital, tandis que l’État portugais conservait une part minoritaire à hauteur de 25 %. La transaction annoncée prévoit le rachat intégral de la banque par BPCE, qui reprend ainsi la totalité du capital de Novobanco.
Pour BPCE, cette acquisition marque une étape décisive dans sa stratégie de développement en Europe du Sud. En effet, le groupe tricolore renforce ainsi son empreinte sur le marché portugais, considéré comme dynamique et offrant des perspectives de croissance attractives, tant sur le segment de la banque de détail que sur celui de la banque d’entreprise. « Le rachat de Novobanco s’inscrit pleinement dans notre ambition de devenir un acteur bancaire européen de référence tout en servant au mieux nos clients et sociétaires », a indiqué Laurent Mignon, président du directoire de BPCE, lors d’une conférence téléphonique.
Novobanco pèse aujourd’hui près de 50 milliards d’euros d’actifs et compte plus de 1,5 million de clients particuliers et professionnels, répartis à travers un large réseau d’agences sur l’ensemble du territoire portugais. La banque affiche depuis deux ans des résultats en nette amélioration, après plusieurs exercices marqués par la gestion des créances douteuses héritées de Banco Espírito Santo. Ces progrès ont été salués par les agences de notation qui ont relevé la note de l’établissement, levant ainsi certains freins à une opération de cette envergure.
De son côté, l’État portugais, qui tablait depuis plusieurs mois sur une cession de ses parts, voit dans la transaction la garantie d’une stabilité à long terme pour Novobanco et le signe du retour de la confiance des investisseurs internationaux envers la place bancaire lisboète. « Ce rachat par un groupe solide comme BPCE est une excellente nouvelle pour la stabilité du secteur bancaire portugais et pour la protection des épargnants », s’est félicité le ministre des Finances du Portugal dans un communiqué.
En s’offrant Novobanco, BPCE entend également profiter de synergies opérationnelles et commerciales, en renforçant notamment son offre pour les clients entreprises à l’international et en accélérant le développement de produits digitaux. A l’issue de l’opération, dont la finalisation est prévue pour la fin de l’année, sous réserve du feu vert des autorités de la concurrence et de régulation bancaires, le groupe BPCE devrait voir son total de bilan franchir la barre des 1 650 milliards d’euros, consolidant sa place dans le top 10 des plus grandes banques de la zone euro.
Les analystes saluent ce mouvement offensif qui témoigne de la volonté des groupes bancaires français de s’imposer sur le marché européen. « Cette opération vient à point nommé à l’heure où la consolidation bancaire devient incontournable pour faire face aux nouveaux défis regulatoriaux et technologiques du secteur », souligne un analyste du cabinet Sia Partners.
Dans un contexte de taux d’intérêt élevés et de concurrence accrue, le mariage BPCE-Novobanco, s’il venait à être confirmé, participera à redessiner le paysage financier du sud de l’Europe et pourrait inspirer d’autres alliances à l’échelle continentale.
