Le marché des changes a été le théâtre d’un mouvement spectaculaire ce jeudi 27 juin, alors que le yen japonais s’est soudainement apprécié face au dollar américain. Ce rebond inattendu intervient au lendemain d’une forte chute de la devise nippone, qui avait atteint ses plus bas niveaux depuis 1986, attisant les spéculations sur une possible intervention des autorités financières japonaises.

Aux premières heures de la séance asiatique, le yen s’est puissamment redressé, franchissant en quelques minutes le seuil de 161 contre un dollar et effaçant une partie de ses pertes de la veille. Cette volatilité inhabituelle a immédiatement alimenté les rumeurs sur une intervention discrète du ministère japonais des Finances sur le marché des changes, une stratégie jusqu’ici redoutée mais peu confirmée depuis les mesures d’urgence adoptées fin avril dernier.

Si aucun communiqué officiel n’a été publié, plusieurs opérateurs de marché et analystes estiment qu’une action concertée des autorités japonaises pourrait avoir provoqué ce mouvement brutal du yen. Pour mémoire, la devise avait dévissé mercredi à un plus bas de près de 38 ans, faisant craindre une perte de confiance dans la troisième économie mondiale. Depuis plusieurs semaines, le ministère des Finances de Tokyo, épaulé par la Banque du Japon, martèle qu’il surveille de près la volatilité excessive du marché et qu’il est prêt à prendre « toutes les mesures nécessaires » pour protéger la monnaie nationale.

« Il y a de très fortes chances que nous ayons assisté à une intervention officielle, au moins ponctuelle, destinée à rappeler que le Japon dispose encore de marges de manœuvre pour influencer le marché », commente Naoki Maeda, stratégiste chez Daiwa Securities. « Le message est clair : Tokyo ne laissera pas filer le yen sans réagir, même si le contexte mondial leur est défavorable. »

La faiblesse prolongée du yen s’explique en grande partie par l’écart grandissant entre les politiques monétaires américaine et japonaise. Alors que la Réserve fédérale américaine maintient des taux élevés, la Banque du Japon s’en tient, elle, à une politique ultra-accommodante, freinant ainsi le rebond de la devise face au billet vert. Une telle divergence accroît l’attrait du dollar auprès des investisseurs internationaux désireux de tirer profit de taux d’intérêt supérieurs, au détriment du yen.

Les entreprises nippones se déclarent elles aussi préoccupées par l’affaiblissement de la monnaie nationale, qui renchérit le coût des importations et fragilise leur rentabilité. Plusieurs représentants du patronat japonais ont récemment appelé le gouvernement à agir pour stabiliser la devise, insistant sur les risques économiques d’une dépréciation incontrôlée.

Face à la montée des doutes, le ministre japonais des Finances, Shunichi Suzuki, a réitéré ce jeudi l’intention de son ministère de « réagir avec fermeté » en cas de mouvements jugés excessifs sur le change. Il s’est gardé de confirmer une quelconque intervention directe, mais cette prudence contribue à entretenir le flou sur les futures actions des autorités. Les analystes s’accordent cependant sur un point : toute nouvelle intervention aurait un effet limité sans un changement de cap monétaire de la Banque du Japon.

À Tokyo comme à l’étranger, les regards restent braqués sur l’évolution de la devise et l’attitude des autorités japonaises. Pour l’heure, le yen a récupéré une partie du terrain perdu, mais la volatilité demeure élevée, laissant augurer de nouveaux épisodes de tension sur le marché des changes dans les semaines à venir.

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