Alors que le débat public se concentre largement sur la question de l’inflation, l’économiste Jean-Marc Daniel invite à revoir le diagnostic posé sur la situation actuelle. Pour lui, qualifier la période actuelle de période inflationniste est non seulement une erreur d’analyse mais aussi un facteur de confusion nuisible pour l’économie française.

Selon Jean-Marc Daniel, le recours au terme « inflation » pour décrire l’évolution des prix des derniers mois ne correspond pas à la réalité statistique ou macroéconomique. « Nous avons connu, à la faveur du choc post-pandémique et des tensions géopolitiques, une hausse ponctuelle des prix, particulièrement sur l’énergie et certains biens importés. Mais il ne s’agit pas d’un mouvement inflationniste structurel », explique-t-il. Pour l’économiste, la différence est de taille : parler d’inflation au sens propre désigne une dynamique auto-entretenue de hausse généralisée des prix couplée à une spirale salaires-prix durable.

Or, selon les derniers chiffres publiés par l’Insee, les augmentations constatées ces deux dernières années commencent à s’atténuer, voire à se stabiliser, dans plusieurs secteurs d’activité. « Certes, les ménages ont subi une perte de pouvoir d’achat, mais cette érosion s’observe sur un temps relativement court et n’est pas portée par un emballement monétaire ou une anticipation d’inflation persistante », tempère Jean-Marc Daniel. D’après lui, qualifier cette séquence passagère d’inflation risque de fausser la perception des mesures à prendre, tant du côté des autorités publiques que des acteurs de marché.

Au-delà du diagnostic, c’est surtout l’usage politique du mot « inflation » qui inquiète l’économiste. « On s’expose au risque de réponses inadaptées si l’on croit, à tort, que l’économie est entrée dans un régime inflationniste. Figer les salaires ou relever brutalement les taux d’intérêt aurait aujourd’hui pour seul effet d’amplifier les risques de récession », avance-t-il. Selon Jean-Marc Daniel, « utiliser le terme inflation pour des hausses ponctuelles entretient une anxiété collective infondée et peut pousser à des arbitrages dommageables, que ce soit dans la gestion du budget des ménages ou des politiques publiques ».

L’économiste insiste sur la nécessité de distinguer hausse des prix ponctuelle et inflation réelle. « La hausse des prix qui a suivi la relance économique post-Covid relève avant tout de chocs exogènes sur l’offre mondiale, pas d’un emballement monétaire », rappelle-t-il, évoquant les tensions sur les chaînes d’approvisionnement globales et la flambée du coût de l’énergie. Pour Jean-Marc Daniel, la meilleure parade aujourd’hui n’est pas forcément dans la lutte anti-inflation mais dans la reconstitution de la productivité de l’appareil productif européen et un soutien ciblé aux ménages les plus exposés.

Enfin, Jean-Marc Daniel conclut que si la vigilance s’impose face à tout signe d’un retour possible de l’inflation, il est tout aussi important de ne pas céder à une déformation du débat économique. « La pédagogie et la précision dans l’usage des mots sont cruciales pour éviter de répandre des diagnostics erronés et engager la politique économique sur la mauvaise voie », estime-t-il. Un appel à la nuance et à la prudence, alors que les incertitudes économiques restent nombreuses.

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