La dépendance énergétique de l’Union européenne revient une nouvelle fois au centre du débat public, alors que la flambée des prix de l’énergie continue de peser sur les entreprises et les ménages du continent. Pour Guillaume Niarfeix, spécialiste reconnu des questions énergétiques, c’est une forme de « soumission » européenne aux marchés internationaux qui est à l’origine de cette situation préoccupante. Il n’hésite pas à alerter sur la gravité des conséquences économiques de cette vulnérabilité, appelant de ses vœux un sursaut politique pour inverser la tendance.

Le marché mondial du gaz, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, a placé l’Europe dans une position délicate. Privée de la majeure partie de ses approvisionnements en provenance de Russie, l’UE a dû se tourner massivement vers des fournisseurs alternatifs, en particulier les exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL) comme les États-Unis et le Qatar. Cette réorientation rapide s’est traduite par une hausse exponentielle des prix à l’importation, rendant l’énergie plus chère pour tous les acteurs économiques.

Guillaume Niarfeix déplore que l’Europe n’ait pas su anticiper les risques liés à une dépendance extrême envers des partenaires extérieurs. Selon lui, la multiplication de contrats à long terme avec certains fournisseurs et l’absence de vision stratégique sur le développement des capacités nationales de production – qu’il s’agisse du nucléaire, des renouvelables ou du stockage – ont fragilisé la position européenne. « La soumission de l’Europe a un coût, constate-t-il. Ce prix se répercute aujourd’hui dans la vie quotidienne des Européens, dans la compétitivité de leur industrie et dans le budget des Etats. »

Face à la hausse drastique des coûts énergétiques, de nombreux industriels, notamment dans la chimie, la métallurgie ou la production de biens de consommation, sont contraints de revoir à la baisse leur activité, voire de suspendre certaines chaînes de production. Plusieurs entreprises internationales évoquent déjà des délocalisations partielles vers des zones géographiques où l’énergie reste moins onéreuse, accentuant ainsi la désindustrialisation de l’Europe.

Du côté des ménages, la flambée des factures d’électricité et de gaz met à rude épreuve la cohésion sociale. Malgré les dispositifs de boucliers tarifaires mis en place par les gouvernements, une part croissante de la population doit restreindre sa consommation ou puiser dans son épargne pour faire face à ses dépenses énergétiques. Guillaume Niarfeix insiste sur les dangers à long terme de cette situation : « Si l’Europe ne retrouve pas rapidement une souveraineté énergétique, elle risque d’être durablement affaiblie aussi bien sur le plan économique que social. »

Le spécialiste invite les décideurs européens à rompre avec la logique du court-termisme et à engager une véritable stratégie d’indépendance énergétique. Cela implique, d’après lui, la relance du nucléaire là où cela est possible, le développement massif des énergies renouvelables, l’accélération des programmes de stockage et une coopération renforcée entre Etats membres. Il prône également une réforme profonde du marché de l’énergie afin de redonner à l’Europe les moyens de maîtriser ses approvisionnements et ses prix.

Alors que la question de l’énergie s’invite au cœur des prochaines échéances politiques en Europe, la voix de Guillaume Niarfeix rejoint celle de nombreux experts qui appellent à ne plus subir mais à agir. L’avenir économique du continent, selon eux, dépendra de la capacité des dirigeants à transformer cette crise énergétique en opportunité pour bâtir une Europe plus résiliente et plus souveraine.

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