Malgré des signaux de reprise économique notés ces derniers mois, le Venezuela demeure confronté à une réalité sociale préoccupante. Selon les dernières données issues d’une étude indépendante, près de 68,5 % des ménages vénézuéliens vivent encore dans la pauvreté, un taux qui rappelle la profondeur et la persistance de la crise qui secoue le pays depuis près de dix ans.\n\nLa reprise, annoncée par certains indicateurs macroéconomiques, s’avère trop timide pour transformer de façon substantielle la vie quotidienne d’une majorité de familles. Les experts de l’Étude nationale sur les conditions de vie (Encovi) soulignent que, si l’hyperinflation semble se stabiliser et que la dollarisation de fait a permis une certaine normalisation de l’activité commerciale, le redressement économique reste inégal et fragile.\n\nAprès des années de récession, aggravées par de lourdes sanctions internationales et la baisse de la production pétrolière, le produit intérieur brut du Venezuela a vécu une légère croissance en 2022, un phénomène qui a suscité l’espoir d’une sortie de la crise. Mais cet élan ne profite que partiellement à la population. « La pauvreté monétaire recule lentement, mais reste très élevée. La croissance du PIB ne se répercute pas suffisamment sur les ménages, dont une large majorité reste plongée dans le besoin », expliquent les auteurs du rapport.\n\nLa structure du marché du travail reste fortement précaire. Selon l’étude, près de la moitié des travailleurs opèrent dans le secteur informel, avec des revenus irréguliers, souvent insuffisants pour couvrir les besoins alimentaires et de santé. Le salaire minimum, après des années de dépréciation, reste largement en deçà du panier de la ménagère. Ajoutée à cela, la protection sociale peine à atteindre les catégories les plus vulnérables.\n\nLa crise sanitaire a également aggravé la situation. Bien que la pandémie de Covid-19 ait reculé, le système de santé public, déjà affaibli, peine à répondre à la demande croissante. De nombreux ménages doivent toujours faire face à la pénurie de médicaments et à la hausse du coût des soins. Selon l’Encovi, l’insécurité alimentaire concerne encore près d’un ménage sur deux, forçant certaines familles à réduire la qualité ou la quantité de leur alimentation quotidienne.\n\nSur le terrain, le contraste est flagrant entre ceux qui bénéficient de la nouvelle dynamique économique — essentiellement dans les grandes villes et certains secteurs d’affaires, stimulés par le recours massif au dollar — et la majorité silencieuse, qui subsiste dans la précarité. Les transferts d’argent venus de l’étranger, envoyés par la diaspora vénézuélienne, jouent un rôle crucial dans la survie de nombreux foyers, mais ils ne constituent pas une solution pérenne.\n\nFace à ces constats, les experts s’accordent sur la nécessité de réformes structurelles de grande ampleur, ainsi que d’un environnement politique stabilisé, pour que la croissance profite à tous. L’étude conclut que la lutte contre la pauvreté au Venezuela passe par une amélioration notable de la production nationale, une relance durable de l’emploi formel et l’instauration de filets sociaux efficaces. De premières mesures d’ouverture économique ont permis d’enrayer la spirale descendante, mais pour renverser la tendance et réduire durablement la pauvreté, le pays doit encore franchir de nombreux obstacles.
