L’État français vient de franchir une nouvelle étape dans sa politique de cession d’actifs publics en vendant des participations financières dans plusieurs infrastructures routières majeures. Deux des ouvrages concernés, emblématiques des liaisons transalpines, sont le tunnel du Mont-Blanc et le tunnel routier du Fréjus. Au total, ce sont quelque 2,5 milliards d’euros de participations qui changent de main dans une opération pilotée par le ministère de l’Économie et des Finances.

Derrière cette opération, l’objectif du gouvernement est double : renforcer les finances publiques tout en optimisant la gestion d’actifs considérés comme « matures ». Depuis plusieurs années, la France poursuit en effet une politique de rationalisation de son portefeuille d’entreprises, surtout dans les secteurs où la présence de l’État n’est plus considérée comme indispensable à l’intérêt général ou à la souveraineté nationale. Les tunnels du Mont-Blanc et du Fréjus, essentiellement exploités pour le transport routier de voyageurs et de marchandises entre la France et l’Italie, illustrent parfaitement cette orientation.

Les parts cédées concernent principalement les sociétés d’exploitation chargées de la gestion, de l’entretien et de la modernisation de ces infrastructures transfrontalières. Ces tunnels, qui constituent des axes vitaux pour les échanges économiques entre la France et la péninsule italienne, ont longtemps relevé d’une gestion paritaire, organisée autour d’accords franco-italiens. Ce mode de gouvernance visait à garantir un équilibre de fonctionnement et de financement des deux côtés des Alpes.

Selon le ministère de l’Économie, les acquéreurs sont essentiellement des acteurs institutionnels, des fonds d’investissement ou des entreprises spécialisées dans la gestion d’infrastructures. Les conditions de la cession, tenues confidentielles, auraient néanmoins prévu des clauses garantissant la continuité du service public et le maintien d’un haut niveau de sécurité, autant de sujets particulièrement sensibles compte tenu de l’importance du trafic routier et des enjeux environnementaux associés à ces passages alpins.

Le produit de la vente, estimé à 2,5 milliards d’euros, doit permettre à l’État de financer d’autres priorités budgétaires, notamment dans les domaines de la transition écologique et de l’innovation, conformément à la stratégie affichée de redéploiement des actifs publics. Cette opération s’inscrit dans la lignée des précédentes cessions d’actifs réalisées ces dernières années, comme celle des parts de l’État dans Aéroports de Paris, Engie ou encore la Française des Jeux.

Cependant, la vente de ces participations dans des infrastructures stratégiques n’est pas sans susciter certains débats. D’aucuns s’inquiètent du risque d’une moindre capacité de l’État à conserver la main sur la gestion de passages clés pour l’économie nationale et pour la sécurité des flux transalpins. D’autres, à l’inverse, saluent une démarche jugée pragmatique, qui permettrait de dégager des marges de manœuvre financière tout en confiant à des opérateurs privés spécialisés le pilotage quotidien de ces outils complexes.

À l’heure où la France cherche à concilier impératifs de rigueur budgétaire et nécessité de moderniser ses infrastructures, la cession des participations dans les tunnels du Mont-Blanc et du Fréjus apparaît comme une illustration supplémentaire d’une stratégie de recomposition du capital public. Reste à savoir si cette nouvelle étape saura convaincre tant les observateurs économiques que les usagers des grands axes de transport entre la France et l’Italie.

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