Le groupe allemand Lufthansa a annoncé ce mardi un renforcement significatif de son engagement dans ITA Airways, la compagnie aérienne italienne née des cendres d’Alitalia. Lufthansa portera en effet sa participation à 90 % dans le capital d’ITA Airways, poursuivant sa stratégie d’expansion sur le marché européen du transport aérien.\n\nCette montée en puissance intervient alors que le secteur aérien européen connait une recomposition accélérée depuis la pandémie, marquée par des rapprochements et consolidations parmi les grandes compagnies. La maison-mère de Lufthansa, qui contrôle déjà Swiss, Austrian Airlines, Brussels Airlines et Eurowings, avait déjà acté en mai 2023 l’acquisition initiale de 41 % du capital d’ITA Airways, racheté auprès de l’Etat italien pour 325 millions d’euros.\n\nSelon le plan dévoilé ce mardi, Lufthansa entend investir quelque 250 millions d’euros supplémentaires pour grimper à 90 %. Le solde du capital restera détenu par le Trésor italien, partenaire clé dans la relance de la compagnie. Grâce à ce nouvel apport, ITA Airways devrait recevoir la flexibilité financière nécessaire pour poursuivre la modernisation de sa flotte et l’élargissement de son réseau.\n\nLe directeur général de Lufthansa, Carsten Spohr, a souligné lors d’une conférence de presse à Rome que cette opération s’inscrivait « dans la stratégie du groupe de renforcer sa position dans le sud de l’Europe », tout en relayant sa confiance sur la capacité d’ITA Airways à « retrouver le chemin de la croissance et de la rentabilité ». Selon M. Spohr, l’objectif est de ramener la compagnie italienne à l’équilibre financier dès 2025, puis de dégager un bénéfice opérationnel l’année suivante. ITA Airways a accusé depuis sa création en 2021 des pertes chroniques, grevées par la hausse des coûts du carburant et une concurrence intense sur ses marchés traditionnels vers l’Amérique du Nord et l’Amérique latine.\n\nCe changement d’actionnariat a été conditionné par la Commission européenne, soucieuse de préserver une concurrence loyale, notamment sur les liaisons entre l’Italie et certains grands aéroports européens. Pour obtenir le feu vert de Bruxelles, Lufthansa et ITA Airways ont dû s’engager à céder plusieurs créneaux horaires (slots) stratégiques, principalement à Milan-Linate et à Rome-Fiumicino, tout en garantissant le maintien de l’emploi pour les quelque 4 000 salariés du groupe italien.\n\nLa stratégie du groupe allemand mise sur les complémentarités entre ses différentes filiales nationales. Lufthansa ambitionne de faire d’ITA Airways le partenaire privilégié sur le marché sud-européen, permettant à l’ensemble du groupe de consolider son offre long-courrier et de muscler son réseau face à la concurrence des compagnies du Golfe et des low-cost européennes. Le directeur général d’ITA Airways, Fabio Lazzerini, s’est voulu optimiste, estimant que ce rapprochement permettrait à la compagnie « de jouer un rôle central dans les échanges entre l’Europe et le reste du monde ».\n\nSur le plan opérationnel, ITA Airways bénéficiera de synergies commerciales, d’un accès élargi au réseau de correspondances de Lufthansa et à ses outils de gestion. L’objectif affiché des deux partenaires est de développer des axes de croissance sur l’Atlantique Nord et sur le bassin méditerranéen, tout en maintenant Rome-Fiumicino comme hub principal pour la péninsule italienne.\n\nCe rapprochement s’inscrit dans un mouvement plus large de consolidation en Europe, alors qu’Air France-KLM cherche lui aussi à renforcer ses positions en Italie au travers de partenariats et que British Airways accentue sa présence sur la Méditerranée. Il marque une étape décisive dans la construction d’un paysage aérien européen désormais dominé par une poignée d’opérateurs de premier plan. Les prochains mois seront cruciaux pour ITA Airways, désormais sous pavillon majoritairement allemand, mais toujours imprégnée de son identité italienne.
