Le Brésil, premier exportateur mondial de viande bovine, se retrouve sous les projecteurs après avoir été exclu d’une liste élaborée par la Commission européenne recensant les pays et abattoirs respectant les normes sanitaires les plus strictes du Vieux Continent. Une décision aux répercussions économiques importantes et qui soulève de nombreuses questions sur l’avenir des exportations brésiliennes vers l’Union européenne.

Cette liste de confiance, publiée récemment par les autorités sanitaires européennes, établit un panorama des pays dont les filières viande sont reconnues comme répondant de façon satisfaisante aux critères sanitaires édictés par Bruxelles. Y figurent notamment l’Argentine, l’Uruguay, l’Australie ou encore la Nouvelle-Zélande, autant de concurrents directs sur le marché international. Pour sa part, la viande brésilienne, malgré son poids prépondérant à l’export – le pays représente à lui seul plus de 20% du commerce mondial de bœuf – manque à l’appel.

La Commission européenne justifie cette décision par une série de contrôles menés au cours de l’année écoulée. Selon les inspecteurs de l’UE, plusieurs abattoirs brésiliens n’auraient pas respecté de manière satisfaisante l’ensemble des exigences communautaires, qu’il s’agisse de la traçabilité des animaux, du contrôle des maladies ou du respect de critères d’hygiène stricts tout au long de la chaîne de production. Ces manquements, relevés lors de plusieurs audits sur le territoire brésilien, ont conduit Bruxelles à adopter une ligne de prudence à l’encontre de la viande sud-américaine.

Pour les associations de consommateurs européennes, cette exclusion n’est pas une surprise. Elles dénoncent depuis plusieurs années le manque de transparence de la filière brésilienne, particulièrement sur les questions de déforestation, d’usage des antibiotiques et de bien-être animal. «Ce signal envoyé par la Commission européenne doit inciter le Brésil à renforcer ses contrôles et à mettre en place des garanties supplémentaires», déclare un porte-parole de l’organisation Foodwatch. «Les consommateurs européens exigent une pleine confiance dans les viandes qui arrivent dans leurs assiettes.»

L’enjeu est également majeur pour les éleveurs européens, qui voient souvent d’un mauvais œil la concurrence de la viande brésilienne, réputée moins chère du fait de coûts de production inférieurs et de réglementations environnementales parfois plus souples. Pour eux, cette décision instaure un rééquilibrage partiel sur le marché intérieur européen tout en protégeant la sécurité alimentaire.

Ces restrictions pourraient néanmoins peser lourdement sur l’économie brésilienne. L’Europe représente en effet un marché stratégique pour ses exportateurs, notamment pour la viande de qualité premium, écoulée auprès des grands distributeurs et de la restauration. Plusieurs entreprises du secteur au Brésil ont déjà exprimé leur préoccupation quant à la possibilité que cette décision soit suivie de mesures plus strictes, voire d’interdictions ciblées, si les progrès attendus en matière sanitaire ne sont pas réalisés rapidement.

Du côté de Brasilia, le gouvernement affirme travailler main dans la main avec les représentants de l’UE afin de lever ces réserves. Des inspections conjointes et la mise en place de nouveaux protocoles sont évoqués, même si aucun calendrier précis n’a pour l’instant été communiqué. «Le Brésil est conscient des attentes européennes et met tout en œuvre pour garantir la qualité et la sécurité de sa production», a déclaré le ministre brésilien de l’Agriculture.

Alors que la négociation sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur reste suspendue, ce nouvel épisode risque d’alimenter les tensions et de relancer le débat sur les standards sanitaires internationaux. Pour l’instant, la viande brésilienne devra avant tout répondre à une exigence claire : celle de la confiance retrouvée des consommateurs et des autorités européennes.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *