Le groupe Canal+ traverse une nouvelle zone de turbulences à la suite d’une décision tranchée de sa direction. Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a récemment annoncé à ses équipes que la chaîne ne collaborerait plus avec les signataires d’une pétition qui dénonçait l’influence de Vincent Bolloré, actionnaire de référence du groupe Vivendi, maison-mère de Canal+. Cette annonce suscite de vives réactions dans le secteur audiovisuel français, déjà sous tension depuis que le groupe a entamé une profonde transformation de son identité éditoriale ces dernières années.
À l’origine de cette crise, une pétition qui avait été lancée par des membres du personnel et certaines figures publiques, dénonçant l’interventionnisme croissant de Vincent Bolloré dans la ligne éditoriale du groupe Canal+. L’appel s’inquiétait de la place grandissante de l’actionnaire majoritaire dans les orientations stratégiques, notamment sur le plan de la liberté de ton et de l’indépendance rédactionnelle, longtemps considérées comme les piliers de l’identité de Canal+.
La réaction de la direction n’a pas tardé. Lors d’une réunion interne, Maxime Saada aurait clairement énoncé que la société ne souhaitait plus travailler avec les personnes ayant publiquement pris position contre la gouvernance en place. Une mesure qui vise autant des salariés que des contributeurs extérieurs au groupe. Selon plusieurs sources internes, l’encadrement aurait d’ores et déjà commencé à suspendre ou mettre fin à certaines collaborations avec des journalistes, producteurs ou auteurs impliqués dans la pétition, une liste qui resterait confidentielle pour l’instant.
Déjà fragilisé par des vagues successives de départs et de licenciements, Canal+ fait ainsi face à de nouveaux remous qui interrogent sur sa capacité à maintenir une pluralité et une créativité auxquelles son public est attaché. Les syndicats du groupe dénoncent une « chasse aux sorcières » et alertent sur une atmosphère délétère. Plusieurs personnalités du secteur critique cette décision, la jugeant « inquiétante pour la liberté d’expression » et susceptible d’avoir un effet d’autocensure généralisé parmi les professionnels souhaitant faire entendre une voix divergente.
Du côté de la direction, on défend la mesure au nom de la cohésion et du bon fonctionnement de l’entreprise. « On ne peut pas construire un projet commun avec des personnes qui s’opposent frontalement à l’actionnaire principal et à la ligne éditoriale définie depuis plusieurs années », explique un membre de la direction sous couvert d’anonymat. Le groupe rappelle par ailleurs que Canal+ doit composer dans un environnement extrêmement concurrentiel, marqué par la montée en puissance des plateformes de streaming et la recomposition du paysage audiovisuel français.
Pour autant, cette décision semble fragiliser un peu plus l’image déjà entamée de la chaîne auprès de ses équipes et du public. Historiquement, Canal+ s’est bâti une réputation singulière sur sa capacité à brasser des opinions diverses et à offrir un espace de créativité parfois irrévérencieux. Nombreux sont ceux, au sein du groupe comme à l’extérieur, qui redoutent que ce virage managérial ne compromette ce qui faisait jusqu’ici l’ADN de Canal+.
À court terme, la question de la liberté de parole et de la place accordée à la contestation interne demeure posée, alors que la chaîne doit relever le défi de se réinventer sans se couper de ses racines. Face à la polémique, la direction reste, pour l’instant, inflexible. Mais les débats sur l’avenir de Canal+ et sur le rôle de ses actionnaires dans l’orientation éditoriale de la chaîne ne font probablement que commencer.
