Face à l’urgence environnementale et à l’évolution des attentes sociétales en matière de recyclage, l’exécutif entend donner un nouveau souffle au projet de consigne pour les bouteilles en plastique. Lors de son dernier déplacement, Emmanuel Macron a annoncé l’ouverture de «concertations» avec les parties prenantes afin d’accélérer la mise en œuvre de ce dispositif, resté en suspens depuis plusieurs années.
La consigne, un système qui prévoit le retour des emballages usagés contre une compensation financière, divise depuis longtemps les acteurs de la filière. Les associations environnementales, les collectivités locales et les industriels de l’agroalimentaire affichent en effet des positions parfois antagonistes. Le gouvernement souhaite désormais rapprocher les points de vue dans l’espoir de parvenir à une solution opérationnelle et largement acceptée.
«Il faut être pragmatique, avancer vite et fort sur le sujet», a déclaré le chef de l’État devant un parterre d’élus locaux et de responsables d’entreprise. La consigne des bouteilles en plastique, courante dans plusieurs pays d’Europe du Nord, est perçue par l’exécutif comme un levier incontournable pour améliorer le taux de collecte et de recyclage des déchets plastiques, aujourd’hui estimé à environ 60% en France, selon les chiffres de Citeo, l’organisme chargé du traitement des emballages ménagers.
En France, le sujet de la consigne suscite néanmoins une vive polémique. À l’Assemblée nationale, plusieurs députés de tous bords réclament une accélération des débats, invoquant l’exigence réglementaire d’atteindre les objectifs fixés par l’Union européenne en matière de recyclage. «C’est un engagement que nous devons tenir, pour la planète comme pour les générations futures», estime ainsi une élue écologiste contactée par notre rédaction.
Parmi les points de crispation figurent la question du rôle des collectivités territoriales, actuellement en charge de la gestion des déchets. Plusieurs associations d’élus redoutent que la mise en place d’un système de consigne ne vienne remettre en cause l’équilibre économique de la filière publique du recyclage, basée sur la collecte en porte-à-porte et le tri sélectif. À l’inverse, nombre d’industriels du secteur agroalimentaire y voient une opportunité d’améliorer la circularité de leurs emballages et de répondre aux demandes croissantes des consommateurs en faveur d’une plus grande transparence environnementale.
Alors que la France s’est engagée à recycler 100% de ses plastiques à l’horizon 2025, la relance des discussions est jugée indispensable pour franchir un cap. L’avenir du dispositif pourrait s’appuyer sur des expérimentations locales menées dans certaines régions, qui ont parfois montré des taux de retour très supérieurs à la moyenne nationale. «Nous sommes prêts à travailler ensemble pour trouver un modèle adapté à nos spécificités», affirme de son côté la Fédération française des boissons, qui regroupe les principaux acteurs du secteur.
Au-delà de la dimension environnementale, l’instauration de la consigne questionne aussi les habitudes des consommateurs. Selon un sondage récent, sept Français sur dix se déclarent favorables au principe de rapporter leurs bouteilles contre une consigne, mais doutent de la facilité du geste ou des modalités de remboursement. Le gouvernement devra donc, dans les prochains mois, faire la pédagogie du dispositif tout en arbitrant entre efficacité écologique, intérêt public et réalité économique des filières.
Si aucune feuille de route claire n’a été communiquée à ce stade, l’exécutif promet d’associer largement l’ensemble des parties prenantes. Ces concertations, qui s’ouvriront dans les prochaines semaines, devraient déboucher sur une série de propositions concrètes d’ici la fin de l’année. Le sort de la consigne des bouteilles en plastique, enjeu symbolique de la transition écologique, reste donc suspendu à ces discussions dont dépendra la stratégie française en matière de gestion des déchets à l’horizon 2030.
