Le rapprochement tant attendu entre Pernod Ricard et Brown-Forman ne se concrétisera pas. Les deux géants du secteur des spiritueux ont annoncé mardi avoir mis un terme à leurs discussions en vue d’une alliance stratégique. Si des rumeurs sur un projet de fusion animaient les marchés depuis plusieurs semaines, cette décision acte la fin d’une opportunité qui aurait pu profondément bouleverser le paysage mondial des boissons alcoolisées.\n\nEn toile de fond, les négociations entre le groupe français, connu notamment pour son anisé Ricard et le whisky Chivas, et l’américain derrière les célèbres bourbons Jack Daniel’s et Woodford Reserve, portaient sur une éventuelle coopération industrielle mais aussi financière. Selon des sources proches du dossier, l’idée initiale reposait sur la création d’un champion capable de rivaliser avec le leader du secteur, le britannique Diageo. Une fusion aurait donné naissance à un ensemble réalisant un chiffre d’affaires combiné de près de 20 milliards de dollars, réparti sur les cinq continents avec des marques phares dans quasiment toutes les catégories de spiritueux.\n\nCependant, les discussions, entamées dès le début de l’année, n’ont pas permis de surmonter plusieurs obstacles majeurs. Parmi eux, la gouvernance du futur ensemble et le maintien des cultures d’entreprise propres à chaque groupe ont suscité des divergences. Pernod Ricard, forte d’une identité familiale et européenne, n’a pas trouvé d’accord sur la place que prendraient les actionnaires historiques de Brown-Forman, société contrôlée par la famille Brown depuis plus de 150 ans. D’autre part, les synergies industrielles, notamment dans la gestion des réseaux de distribution, se sont révélées plus complexes à mettre en œuvre qu’escompté, en raison de réalités très différentes sur les marchés européens et américains.\n\nLa question réglementaire n’était pas non plus à sous-estimer. L’ampleur d’une telle opération, susceptible de redessiner la concurrence sur plusieurs marchés stratégiques, aurait certainement attiré l’attention des autorités antitrust américaines et européennes, qui scrutent de près les grandes manœuvres de consolidation dans le secteur. Ces incertitudes jouent un rôle non négligeable dans la décision finale de mettre un terme au projet.\n\nDu côté de Pernod Ricard, on affirme que cette interruption ne remet pas en cause les ambitions de croissance à l’international du groupe. « Nous restons concentrés sur le renforcement de notre portefeuille de marques et notre développement sur les marchés émergents », fait-on savoir à Paris. Même tonalité prudente chez Brown-Forman, qui assure vouloir poursuivre sa stratégie d’innovation et d’expansion indépendante, particulièrement en Asie et en Amérique latine, deux régions à forte croissance pour les spiritueux premiums.\n\nPour les analystes sectoriels, ce renoncement illustre la complexité des opérations de consolidation à l’échelle mondiale dans une industrie où les marques sont porteuses d’une histoire et de cultures d’entreprise difficilement conciliables. Le spectre d’autres fusions, cependant, continue de planer sur un marché dynamique mais de plus en plus concurrencé par de nouveaux acteurs indépendants et innovants, notamment sur le segment du sans alcool et des spiritueux haut de gamme.\n\nAlors que Pernod Ricard et Brown-Forman repartent chacun de leur côté, les regards se tournent maintenant vers de possibles alliances plus ciblées, sous forme de partenariats commerciaux ou de co-entreprises. L’appétit des investisseurs pour les poids lourds du secteur demeure fort, mais la création d’un géant intégré attendra encore.
