Après plusieurs mois d’attente et de négociations entre acteurs publics et privés, le gouvernement a officiellement publié sa stratégie nationale concernant l’alimentation. Très attendue par l’ensemble de la filière agroalimentaire, mais aussi par les organisations de consommateurs, ce texte présente les grands axes de la politique alimentaire française pour la décennie à venir. Beaucoup espéraient des choix forts, notamment sur la viande et sur les produits ultra-transformés, tandis que certains mettaient en garde contre toute mesure jugée trop contraignante pour les filières.
Sur la question de la viande, le gouvernement a opté pour la prudence. S’appuyant sur les recommandations formulées ces dernières années par les autorités sanitaires et certains organismes internationaux, le texte rappelle l’importance d’une alimentation diversifiée et équilibrée, dans laquelle la consommation de viande doit être modérée et en cohérence avec les besoins nutritionnels. Sans jamais appeler à une réduction massive ou fixer des objectifs chiffrés de diminution, la stratégie privilégie une approche éducative. Elle encourage la pédagogie autour des portions adaptées et s’appuie sur la promotion des filières françaises, valorisant autant les efforts des éleveurs pour améliorer la qualité de leur production que le rôle culturel de la viande dans l’alimentation nationale. Cette précaution s’explique par une volonté d’accompagner la transition alimentaire sans heurter brutalement un secteur déjà confronté à de nombreux bouleversements structurels, et dont l’importance économique reste majeure pour de nombreux territoires ruraux.
Le silence du texte sur les aliments ultra-transformés suscite, de son côté, plus de questionnements. Les associations de santé publique et plusieurs experts souhaitaient une prise de position claire en faveur d’une réduction de la place de ces produits dans les habitudes alimentaires des Français, à l’instar de ce qui a été engagé sur d’autres marchés européens. Or, la stratégie nationale, bien qu’elle consacre plusieurs passages à la nécessité d’améliorer l’information nutritionnelle et de lutter contre l’obésité, ne mentionne pas explicitement les aliments ultra-transformés. Aucune mesure spécifique ne figure dans le document pour limiter leur commercialisation ou imposer une reformulation des produits les plus concernés. Cette absence est diversement interprétée : certains y voient la marque d’un compromis trouvé avec l’industrie agroalimentaire, déterminée à préserver un secteur qui représente une part conséquente du chiffre d’affaires alimentaire en France, d’autres l’attribuent à une stratégie de petits pas, visant à éviter toute forme de stigmatisation.
Pourtant, le texte ne manque pas d’ambition sur d’autres volets. On y retrouve des engagements pour la valorisation des circuits courts, la promotion du bio et l’objectif d’une alimentation plus durable, que ce soit à travers le soutien à l’agriculture locale ou la lutte contre le gaspillage alimentaire. Ces axes s’inscrivent dans la lignée des orientations européennes, tout en affichant la volonté de placer le consommateur et le producteur au centre de la transition.
En définitive, la publication de cette stratégie marque une étape importante dans l’agenda politique. Toutefois, elle ne semble satisfaire pleinement aucune des parties prenantes. Les défenseurs de la santé publique en attendaient plus sur la transformation des pratiques alimentaires, tandis que les filières agricoles y voient, pour leur part, un équilibre difficile à préserver. Reste désormais à observer la mise en œuvre concrète de ces orientations : c’est dans leur traduction réglementaire et dans la mobilisation des acteurs sur le terrain que la stratégie nationale sur l’alimentation trouvera son efficacité réelle.
