Longtemps considérés comme les « hommes malades » du marché du travail européen, les pays d’Europe du Sud enregistrent désormais une nette amélioration de leur situation sur le front de l’emploi. Grèce, Espagne, Portugal et Italie, qui figuraient régulièrement en queue de peloton en matière de taux de chômage à la suite de la crise de la zone euro, affichent aujourd’hui une dynamique saluée par de nombreux observateurs. Ce revirement, inattendu il y a une décennie à peine, redéfinit la hiérarchie au sein de l’Union européenne et interpelle sur les facteurs à l’origine de cette transformation.
La dernière enquête trimestrielle d’Eurostat, publiée ce lundi, confirme cette tendance de fond : le taux de chômage en Grèce est passé pour la première fois sous la barre symbolique des 10%, atteignant 9,8% en mai. En Espagne, il s’établit à 11,7%, ce qui constitue son plus bas niveau depuis 2008. Le Portugal, quant à lui, est tombé à 6,5%, tandis que l’Italie, traditionnellement en difficulté sur ce front, affiche une baisse continue, à 6,8%. Autant d’indicateurs qui témoignent d’une embellie, même si ces niveaux restent supérieurs à la moyenne européenne, fixée à 6%.
Cette amélioration s’explique par plusieurs facteurs conjugués. Premièrement, la reprise post-pandémie a été plus vigoureuse que prévu dans les secteurs clés de ces économies, à commencer par le tourisme. En Espagne, en Grèce et au Portugal, la manne touristique a permis de relancer l’activité, créant des centaines de milliers d’emplois saisonniers supplémentaires. Ce secteur, durement frappé en 2020 puis en 2021, retrouve des couleurs et accélère la normalisation du marché du travail.
Par ailleurs, la montée en puissance de nouvelles filières, notamment dans le domaine des énergies renouvelables et de la transition numérique, contribue à diversifier les débouchés proposés à une main-d’œuvre longtemps cantonnée aux secteurs traditionnels. En Italie, par exemple, les investissements massifs venus du plan de relance européen ont dynamisé l’industrie et favorisé l’embauche dans le tertiaire supérieur. De manière plus générale, la poursuite des réformes structurelles engagées depuis la crise de la dette – flexibilisation du marché du travail, simplification administrative, incitations à l’emploi – commence à porter ses fruits.
La démographie joue aussi un rôle notable. Ces pays font face à un vieillissement accru de leur population et, dans certains cas, à une émigration importante de jeunes actifs au cours de la dernière décennie, ce qui réduit mécaniquement le nombre de demandeurs d’emploi. Si ce phénomène pose à terme des défis sur la soutenabilité du système de protection sociale, il se traduit aujourd’hui par une détente sur le marché du travail.
Reste que certains défis structurels persistent. La qualité des emplois créés demeure inégale, avec une prédominance des contrats précaires ou à temps partiel, particulièrement en Espagne et au Portugal. Le chômage des jeunes, quoique en repli, reste élevé : dans certaines régions espagnoles, il continue de frôler les 25%. La Banque centrale européenne et la Commission européenne avertissent régulièrement sur le risque d’une reprise « à deux vitesses » qui pourrait accentuer la fracture territoriale et générationnelle.
Malgré ces réserves, les progrès accomplis impressionnent la plupart des analystes. Alors que l’Allemagne ou la France peinent à réduire leur propre taux de chômage et que certains pays du Nord voient leurs marchés de l’emploi entrer en phase de ralentissement, les économies du Sud tirent leur épingle du jeu dans un contexte international pour le moins incertain. L’Europe du Sud, souvent reléguée au rang de lanterne rouge, semble avoir trouvé les ressorts d’un nouvel élan. Une évolution qui, si elle venait à se confirmer, pourrait rebattre les cartes en matière d’attractivité et de dynamisme au sein de l’Union européenne.
