Au cœur du Salon international de l’agriculture qui s’est tenu Porte de Versailles à Paris, un visage moins attendu du secteur agricole s’est imposé : celui de l’innovation. Alors que le point de départ de nombreuses mobilisations paysannes demeure la complexité et la surcharge administrative, plusieurs jeunes entreprises exposantes ont cherché à lever ce frein majeur à l’activité agricole. Un pari ambitieux face à un secteur reconnu pour sa tradition et ses lourdeurs réglementaires.\n\nPour nombre d’agriculteurs, le rapport à l’administration est devenu un véritable calvaire, rythmé par des formulaires interminables et des délais décourageants. « Je dois consacrer plus de temps à la paperasse qu’à la gestion de mon exploitation », déplore ainsi Claire, éleveuse limousine, venue arpenter les allées du salon pour découvrir de nouveaux outils. Ce constat, partagé par une majorité des actifs du monde rural, n’a pas échappé à de jeunes entrepreneurs. Ces derniers misent sur le numérique et l’intelligence artificielle pour réinventer la relation entre agriculteurs et administration.\n\nParmi eux, la start-up AgriGestion a dévoilé sa nouvelle plateforme destinée à simplifier les démarches en ligne des exploitants. Elle permet, grâce à une interface intuitive, d’automatiser la déclaration de surfaces, la gestion des dossiers PAC ou encore le suivi des contrôles sanitaires. Fondée en 2022, l’entreprise s’est rapidement imposée comme un acteur incontournable dans l’écosystème de l’agritech. « Notre objectif, c’est de rendre l’expérience administrative la plus transparente et la moins chronophage possible », explique son cofondateur, Maxime Dufour. « La technologie peut réellement alléger la charge mentale des professionnels du secteur ».\n\nLe recours à l’automatisation et à l’exploitation des données n’échappe pas à d’autres acteurs présents sur le salon. « Nous avons conçu un assistant virtuel qui accompagne les agriculteurs étape par étape, en détectant automatiquement les formulaires nécessaires selon le profil de l’exploitation », souligne Inès Martin, directrice de la start-up FormuLettre. L’outil peut également générer des courriers types et suivre l’avancement des dossiers auprès des différents services administratifs.\n\nSi ces innovations rencontrent un écho favorable auprès des jeunes générations d’agriculteurs, plus à l’aise avec les outils numériques, elles suscitent parfois chez les plus anciens une certaine méfiance. « Il faut que ce soit simple à utiliser, sinon on n’y arrivera pas… », glisse Jean-Pierre, céréalier dans l’Yonne. Conscientes de ces réticences, plusieurs start-up proposent une offre d’accompagnement personnalisé, et organisent des ateliers d’initiation sur le terrain.\n\nLe ministère de l’Agriculture, de son côté, observe avec intérêt ce foisonnement d’initiatives privées susceptibles d’accélérer la modernisation de l’action publique. Certains services déconcentrés collaborent déjà avec des start-up pour expérimenter la transmission dématérialisée des pièces administratives. « Nous devons travailler main dans la main avec l’écosystème d’innovation. Il y a là un gisement de solutions pour alléger la vie des exploitants », affirme Pierre Lemoine, un des responsables du ministère, croisé lors du salon.\n\nAu-delà de la simplification des démarches, ces start-up entendent également redonner du temps et de la sérénité aux agriculteurs, à un moment où leur métier reste sous tension. Alors que l’administratif continue de peser sur la rentabilité des exploitations, l’espoir d’un quotidien professionnel davantage consacré au terrain et moins à la paperasse s’affirme comme un enjeu partagé. Le Salon de l’agriculture a ainsi montré que la transformation numérique du secteur était en marche, portée par une nouvelle génération d’acteurs décidés à inventer une agriculture moins encombrée par les procédures administratives.
