Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2017, la politique commerciale des États-Unis a connu un tournant radical, marqué par l’instauration de droits de douane sur de nombreux produits étrangers, en particulier ceux venus de Chine. Pour l’économiste Alex Durante, affilié au think tank Tax Foundation, cette stratégie protectionniste ne saurait être assimilée à une simple mesure de négociation internationale. Selon lui, les tarifs douaniers imposés au nom de la défense des intérêts américains revêtent en réalité la nature d’un impôt additionnel appliqué aux consommateurs et aux entreprises nationales.
La mise en place progressive de barrières tarifaires, orchestrée durant le mandat de l’ancien président, visait officiellement à rééquilibrer la balance commerciale déficitaire des États-Unis et à inciter les entreprises à relocaliser leur production. Toutefois, Alex Durante souligne que l’incidence financière de ces taxes à l’importation a été largement supportée par les acteurs économiques américains. « Contrairement aux discours officiels, ce ne sont pas les importateurs étrangers qui paient la note, mais bien les clients locaux, à travers la hausse des prix à la consommation », analyse-t-il.
Les données publiées ces dernières années corroborent cette lecture. Dès l’entrée en vigueur des mesures tarifaires, nombre de produits électroniques, ménagers ou encore de matières premières ont vu leur prix augmenter, pesant ainsi sur le pouvoir d’achat des ménages. Les entreprises américaines, confrontées à des coûts de production relevés, ont souvent répercuté ces surcoûts sur les consommateurs finaux ou réduit leur marge bénéficiaire. Certaines PME exportatrices se sont même trouvées exposées à des représailles de la part de partenaires commerciaux visés par ces mesures, affectant leur compétitivité sur les marchés mondiaux.
Pour Alex Durante, cette assimilation entre droits de douane et fiscalité indirecte doit être prise au sérieux par les décideurs publics. « Il s’agit d’une imposition qui ne dit pas son nom. Elle génère des recettes pour l’État fédéral, mais au prix d’une ponction additionnelle sur l’économie domestique et parfois au détriment de la croissance », précise l’expert. Selon l’estimation de la Tax Foundation, les tarifs mis en place sous l’administration Trump auraient rapporté plusieurs milliards de dollars au Trésor américain, tout en coûtant, selon différentes études, des dizaines de milliers d’emplois au secteur manufacturier.
Les économistes divergent toutefois sur la portée à long terme de ces droits de douane. Certains avancent qu’ils pourraient inciter les entreprises à rapatrier leur production sur le sol américain, dynamisant ainsi l’emploi local. D’autres, à l’instar d’Alex Durante, mettent en garde contre les effets de distorsion sur l’allocation des ressources et l’augmentation du coût de la vie. À cela s’ajoute le risque de représailles commerciales, comme observé lors de la guerre commerciale entre Washington et Pékin, qui pourrait à terme ralentir la croissance mondiale.
À l’approche de l’élection présidentielle américaine, la question des droits de douane revient dans le débat public, certains candidats prônant même un durcissement de la politique commerciale. Les analyses comme celle d’Alex Durante rappellent toutefois qu’au-delà des arguments politiques, ces mesures protectionnistes comportent des conséquences économiques tangibles. Si elles représentent une source de revenus non négligeable pour l’État, elles se traduisent aussi par une pression fiscale indirecte sur les citoyens et l’économie américaine dans son ensemble.
