L’annonce récente de Donald Trump, candidat républicain à l’élection présidentielle américaine de 2024, de relancer une politique de droits de douane massifs sur les importations chinoises relance les inquiétudes concernant le commerce mondial. Alors que l’Union européenne observe avec attention les orientations commerciales des deux premières puissances mondiales, une question essentielle se pose désormais pour Bruxelles : faut-il engager des négociations avec Pékin pour préserver ses intérêts ou privilégier un alignement stratégique sur les États-Unis ?
Rappelons que la politique douanière de Donald Trump, mise en exergue lors de son premier mandat, s’était traduite par une série de mesures protectionnistes à l’encontre des produits chinois. L’objectif affiché était alors de réduire le déficit commercial américain, de soutenir l’industrie et l’emploi local, mais aussi de répondre à ce que Washington considérait comme des pratiques commerciales déloyales de la Chine. Désormais, avec la promesse de taxes douanières pouvant atteindre 60% sur certains secteurs stratégiques, c’est la perspective d’une nouvelle vague de tensions commerciales internationales qui semble se profiler, à quelques mois d’une échéance électorale cruciale pour les États-Unis.
Dans ce contexte, l’Union européenne se trouve dans une position délicate. D’un côté, les États membres s’inquiètent des répercussions qu’une escalade douanière entre Washington et Pékin pourrait avoir sur leurs propres économies, déjà fragilisées par les conséquences de la pandémie et les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales. D’autre part, la tentation est grande pour Bruxelles de profiter de la rivalité sino-américaine afin de faire avancer ses propres intérêts commerciaux et d’obtenir des concessions de la part de la Chine.
Plusieurs responsables européens insistent sur la nécessité de garder une posture d’ouverture face à Pékin, tout en réaffirmant la défense de l’industrie européenne face au risque de dumping ou de surproduction chinoise dans des secteurs sensibles comme l’automobile ou l’acier. Depuis plusieurs mois, la Commission européenne multiplie d’ailleurs les enquêtes et les procédures dans le cadre de sa politique commerciale, tout en appelant à renforcer « l’autonomie stratégique » de l’Union.
Cependant, une inflexion trop marquée en direction de la Chine risquerait d’accentuer les tensions avec Washington. Le dossier des subventions à l’industrie verte ou l’examen du rachat d’entreprises européennes par des groupes chinois montrent que la marge de manœuvre de Bruxelles reste étroite. Nombre d’États membres, parmi lesquels l’Allemagne ou la France, militent pour un rééquilibrage des échanges commerciaux avec la Chine, mais redoutent également une rupture avec les États-Unis, partenaire politique et économique crucial, notamment dans le contexte international incertain lié à la guerre en Ukraine et à la transition énergétique.
La possibilité d’une véritable négociation commerciale entre l’Union européenne et la Chine suscite donc débats et scepticisme. Si certains plaident pour la défense résolue des intérêts industriels européens par la mise en place de contre-mesures ciblées en cas de pénalités américaines, d’autres privilégient une ligne de compromis afin d’éviter d’être pris en étau entre les deux grands blocs mondiaux. Quoi qu’il en soit, c’est avant tout la capacité de l’Europe à parler d’une seule voix et à élaborer une stratégie claire vis-à-vis à la fois de Washington et de Pékin qui déterminera son influence dans la future reconfiguration des échanges internationaux.
