Leonardo Maria Del Vecchio, héritier et aujourd’hui à la tête du géant de l’optique Ray-Ban, affiche une conviction limpide : selon lui, la construction européenne ne relève plus d’un choix mais d’une nécessité stratégique. « L’Europe est l’échelle minimale pour compter dans le monde », affirme le dirigeant, confronté chaque jour aux défis imposés par la mondialisation et la montée de nouvelles puissances économiques.

Ray-Ban, marque iconique fondée il y a près d’un siècle, fait partie du portefeuille du groupe italien EssilorLuxottica, mastodonte issu de la fusion en 2018 entre l’italien Luxottica – fondé par le père de Leonardo Maria Del Vecchio – et le français Essilor. Cette alliance transalpine n’a rien d’anecdotique. Elle illustre la dynamique de concentration industrielle nécessaire pour que l’Europe puisse résister à la compétition exacerbée en provenance des États-Unis et de l’Asie. Pour le dirigeant, ces rapprochements sont même vitaux. « Seuls, les pays européens peinent à rivaliser par la taille, les moyens d’investissement et la capacité d’innovation. La réponse ne peut qu’être européenne », martèle-t-il.

Interrogé sur la capacité de l’industrie continentale à se projeter dans l’avenir, Leonardo Maria Del Vecchio ne cache pas ses inquiétudes. La fragmentation persistante du marché, l’absence de normes harmonisées et les divergences politiques ralentissent l’émergence de leaders européens capables de faire jeu égal avec les géants américains de la Tech ou les conglomérats asiatiques. « Sans vision commune ni projet industriel partagé, l’Europe ne pourra tenir son rang dans la compétition mondiale », prévient-il.

Pour autant, le patron de Ray-Ban salue certaines avancées. Il cite en exemple le renforcement des politiques d’innovation, les financements communs dans la recherche, ou encore la multiplication de fusions paneuropéennes, à l’image de celle qui a donné naissance à EssilorLuxottica. Mais, de son point de vue, ces succès demeurent encore trop isolés. « L’Europe dispose d’atouts considérables : excellence scientifique, main-d’œuvre qualifiée, tradition industrielle et créativité. Mais c’est en dépassant les frontières nationales que nous pourrons transformer ces atouts en leadership mondial », analyse-t-il.

Alors que la guerre économique s’intensifie autour des matières premières stratégiques, des chaînes de valeur et de la maîtrise des technologies de pointe, la voix de Leonardo Maria Del Vecchio s’élève pour réclamer une intégration plus poussée. Il plaide pour une gouvernance économique renforcée à l’échelle continentale, susceptible de peser dans les négociations commerciales et de sécuriser les approvisionnements cruciaux.

Son propos résonne particulièrement à un moment où l’Europe se cherche une stratégie face à la rivalité sino-américaine et à la tentation du repli protectionniste. Pour Leonardo Maria Del Vecchio, le projet européen ne doit pas se réduire à un « grand marché » mais devenir un véritable espace de souveraineté collective. « Pour défendre nos intérêts, protéger nos entreprises, continuer d’innover et offrir des emplois de qualité, l’Europe ne peut plus se permettre la division », conclut-il avec force.

Des propos qui font écho aux débats actuels sur l’autonomie stratégique de l’Union européenne. Ils rappellent que, pour les acteurs industriels majeurs tels que Ray-Ban, la réussite passe désormais par une Europe unie, ambitieuse et résolument tournée vers l’avenir.

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