Le géant américain de l’informatique Microsoft fait l’objet d’une action collective de grande ampleur au Royaume-Uni. L’entreprise est poursuivie pour un montant de 1,7 milliard de livres (soit environ 2 milliards d’euros) dans le cadre de pratiques considérées comme potentiellement anticoncurrentielles sur le marché du cloud computing. Cette procédure, initiée au nom de plus de 700 entreprises britanniques, ravive le débat sur la domination des géants technologiques et la question de la concurrence dans le secteur stratégique du stockage et de la gestion de données à distance.

A l’origine de cette action, on trouve le groupe britannique Cloud Infrastructure Services Providers in Europe (CISPE), qui regroupe divers acteurs du cloud, dont Amazon Web Services. L’organisation reproche à Microsoft d’imposer à ses clients, via des contrats de licences logicielles jugés abusifs, des surcoûts importants s’ils souhaitent utiliser les services de cloud d’autres prestataires concurrents. Selon CISPE, ces pratiques auraient eu pour effet d’entraver la concurrence et de maintenir artificiellement les prix à un niveau élevé.

Dans sa plainte déposée devant le tribunal de la concurrence britannique, CISPE accuse Microsoft d’avoir exploité sa position dominante sur le marché des logiciels professionnels, tels que Windows OS ou la suite Office, pour favoriser son propre service Azure au détriment d’autres fournisseurs. L’association soutient que des milliers d’entreprises britanniques ont ainsi subi un préjudice financier, estimé à 1,7 milliard de livres sur une période de six ans.

Cette affaire intervient alors que le marché mondial du cloud computing connaît une croissance exponentielle, poussé par la numérisation accrue des entreprises et les besoins d’hébergement de données à grande échelle. Microsoft, avec son service Azure, fait partie des leaders mondiaux du secteur, aux côtés d’Amazon et de Google. La portée de l’action collective intentée au Royaume-Uni traduit l’exacerbation des tensions autour du poids, de la régulation et de la transparence des pratiques des géants du numérique.

Dans un communiqué, les représentants de CISPE affirment vouloir faire cesser « une injustice systémique» et rétablir un cadre concurrentiel équitable sur le marché britannique du cloud. Pour eux, la mainmise de Microsoft sur les licences logicielles pèse lourdement sur la capacité d’innovation et le choix des utilisateurs professionnels.

De son côté, Microsoft a déclaré « étudier la plainte » et rappelle avoir récemment entrepris des changements concernant la portabilité et la flexibilité de ses licences. Le groupe fait valoir qu’il cherche à répondre aux préoccupations exprimées ces dernières années à la fois par les autorités de régulation européennes et ses concurrents. Toutefois, la firme de Redmond conteste fermement tout comportement anticoncurrentiel.

Cette procédure collective s’inscrit dans un climat international de plus grande vigilance à l’égard des pratiques commerciales des grandes entreprises technologiques. Ces derniers mois, plusieurs enquêtes et contentieux ont été ouverts en Europe et aux États-Unis pour examiner si certains géants du numérique ont profité de leur position hégémonique pour verrouiller les marchés.

L’issue de cette action collective sera scrutée de près. En cas de condamnation, Microsoft pourrait être contrainte à de lourdes compensations financières et, potentiellement, à revoir en profondeur sa politique de licences. Cela ouvrirait la voie à une concurrence plus vive sur le marché du cloud, où l’équilibre des forces reste l’un des enjeux majeurs de la transformation numérique.

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