Alors que les automobilistes français constatent une envolée persistante des prix à la pompe, la situation sur le marché mondial du pétrole demeure particulièrement tendue. Selon Francis Duseux, président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), les tarifs du carburant resteront « extrêmement élevés » tant que le détroit d’Ormuz restera entravé. L’alerte a été lancée lors d’une intervention récente, soulignant les répercussions directes d’un point névralgique du commerce pétrolier sur le portefeuille des consommateurs.
Le détroit d’Ormuz, étroit passage maritime entre l’Iran et Oman, s’impose comme l’un des goulots d’étranglement stratégiques du marché énergétique mondial. Chaque jour, ce sont près de 20 % du pétrole brut transporté par voie maritime qui circulent par ses eaux. Or, face à des tensions géopolitiques croissantes dans la région, plusieurs compagnies pétrolières ont récemment réduit ou suspendu temporairement leurs expéditions à travers ce corridor. Cette situation provoque mécaniquement une raréfaction de l’offre et entretient une spéculation intense sur les marchés internationaux.
« Tant que le détroit d’Ormuz sera bloqué, nous n’observerons aucune détente durable sur les prix », insiste Francis Duseux. Pour l’industrie pétrolière, la persistance du blocage – qu’il soit partiel ou complet – agit comme une véritable épée de Damoclès, aussi bien sur les grands marchés que dans les stations-service françaises. La volatilité accrue sur les marchés de gros se transmet rapidement au consommateur, avec des écarts qui atteignent parfois plusieurs dizaines de centimes par litre d’une semaine à l’autre.
Cette crise s’inscrit dans un contexte déjà fragilisé par la reprise post-pandémie et les conflits commerciaux entre certaines grandes puissances productrices. La flambée des cours du pétrole brut a un impact quasi immédiat sur le prix des carburants, un phénomène amplifié dans l’Hexagone par le niveau élevé de taxation et la faiblesse de l’euro face au dollar. Certains observateurs alertent sur une situation qui pourrait s’installer dans la durée, faute de résolution rapide des tensions dans le golfe Persique.
Les professionnels du secteur, relayés par l’Ufip, appellent donc à une vigilance accrue des pouvoirs publics et à une diversification accélérée des sources d’approvisionnement. « Il est indispensable de renforcer la sécurité énergétique de la France et de l’Europe, notamment en développant davantage les capacités de raffinage et en multipliant les accords avec des fournisseurs alternatifs », souligne Francis Duseux. Des pistes sont également évoquées pour limiter la dépendance au pétrole brut transitant par Ormuz, telles que le recours accru aux carburants alternatifs ou le développement du transport collectif.
En attendant une issue diplomatique à la crise, les conducteurs doivent s’attendre à des records de prix persistants sur l’ensemble du territoire. Selon les dernières estimations, le litre de gazole et de sans-plomb pourrait bien franchir de nouveaux seuils, avec des hausses de plusieurs centimes supplémentaires dans les prochains jours. Si la trajectoire actuelle se prolonge, le second semestre de l’année pourrait rester placé sous le signe de la cherté de l’énergie, affectant non seulement le budget des ménages, mais également la compétitivité de nombreux secteurs économiques.
