Stéphane Mallat, figure de proue de la recherche française, vient de se voir décerner la prestigieuse médaille d’or du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), récompense suprême honorant l’ensemble de son œuvre dans le domaine des mathématiques et de l’intelligence artificielle. Ce chercheur, dont le parcours se déploie à la croisée des sciences fondamentales et des applications industrielles, incarne un certain renouveau de la discipline et défend une conception vivante, exploratoire et collective des mathématiques.\n\n »Les mathématiques ne se découvrent pas dans un livre. Elles se vivent, se partagent et se pratiquent, souvent en équipe, face à des questions concrètes », affirme Stéphane Mallat. Cet ingénieur et mathématicien, formé à l’École polytechnique, a contribué dès les années 1980 à révolutionner l’analyse du signal et de l’image avec la théorie des ondelettes, un outil mathématique désormais central dans la compression d’images ou le traitement du son. Depuis, il n’a cessé d’explorer les frontières entre les mathématiques les plus abstraites et les enjeux pratiques de l’ère numérique, tissant des liens constants entre la théorie et les applications.\n\nStéphane Mallat a débuté sa carrière aux États-Unis, au très réputé Courant Institute de l’Université de New York, avant de revenir en France — d’abord à l’École normale supérieure de Cachan, puis au Collège de France où il dirige la chaire « Sciences des données ». Ses travaux ne se bornent pas à l’élaboration de théories. Il s’est attaché, tout au long de sa carrière, à favoriser les collaborations interdisciplinaires et à faire entrer les mathématiques dans les laboratoires d’informatique, les entreprises technologiques ou encore dans le monde médical. Selon lui, « la compréhension profonde des phénomènes, qu’ils soient physiques, sociaux ou informatiques, passe par des outils mathématiques renouvelés en permanence par la confrontation à la complexité du réel ».\n\nCette approche, Stéphane Mallat l’a également déployée dans le domaine de l’intelligence artificielle, en contribuant aux avancées sur l’apprentissage profond (deep learning) et ses fondements mathématiques. Pour lui, la récente explosion de l’IA n’est pas la fin de l’invention mathématique, bien au contraire : « Les nouveaux algorithmes, comme ceux des réseaux neuronaux, posent d’innombrables questions inédites, qui stimulent la réflexion mathématique et ouvrent des territoires entiers à explorer. »\n\nL’engagement de Stéphane Mallat s’illustre aussi dans la transmission. Bien qu’il publie dans les principales revues académiques françaises et internationales, il consacre une large part de son temps à la pédagogie et à la création d’outils numériques pour la formation. « Il y a, chez les jeunes, une curiosité intacte. S’ils ne sont pas nombreux à choisir les filières mathématiques, c’est souvent qu’ils en gardent l’image d’une discipline sèche, éloignée de la vie concrète. Or, rien n’est plus faux : les mathématiques habitent toutes les dynamiques du monde contemporain ».\n\nLa médaille d’or du CNRS salue donc le parcours d’un chercheur dont la trajectoire, atypique et féconde, témoigne d’une conviction : l’innovation mathématique naît de la rencontre entre l’élégance de la théorie et la richesse des questions de terrain. Pour Stéphane Mallat, « il n’y a pas de frontière définitive entre la recherche fondamentale et l’application : c’est dans l’aller-retour permanent entre abstrait et concret que s’inventent de nouveaux outils au service de la société. »

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