La récente envolée des prix du pétrole ne semble pas avoir déstabilisé les principales places boursières d’Asie. Alors que le cours du baril de pétrole poursuit sa progression, dopé par un contexte géopolitique tendu et une demande mondiale soutenue, les Bourses asiatiques ont affiché une résistance remarquée lors des dernières séances. Cette dynamique étonne certains observateurs, qui s’attendaient à une réaction plus marquée des marchés à cette flambée de l’or noir.
Lundi matin, les indices phares de la région, tels que le Nikkei à Tokyo, le Hang Seng à Hongkong ou encore le Kospi à Séoul, ont ouvert en légère hausse, ou sont parvenus à limiter leurs pertes malgré la pression exercée par la hausse des coûts de l’énergie. Le secteur technologique, en particulier, a continué de tirer son épingle du jeu, porté par l’engouement autour de l’intelligence artificielle et du rebond de la consommation électronique dans la région.
Les investisseurs asiatiques semblent, pour l’heure, moins inquiets que leurs homologues occidentaux à l’égard de la flambée des prix du pétrole. « Toutes choses étant égales par ailleurs, les économies asiatiques ont mieux résisté aux chocs pétroliers récents, grâce à des politiques énergétiques diversifiées et des réserves stratégiques importantes », analyse Li Wang, économiste pour une grande banque continentale.
Ce retournement dans la perception du risque s’expliquerait aussi par la solidité de la croissance chinoise observée au premier trimestre. Malgré de multiples incertitudes, la deuxième économie mondiale a affiché une progression du PIB supérieure aux attentes, portée notamment par le secteur manufacturier et une reprise graduelle de la demande intérieure. Ce dynamisme a rassuré les acteurs du marché, même si le pays demeure l’un des premiers importateurs mondiaux de pétrole, et donc très sensible à toute variation de prix sur le marché international.
Les banques centrales asiatiques, de leur côté, s’efforcent de rassurer les marchés. Plusieurs responsables monétaires, notamment au Japon et en Corée du Sud, ont réaffirmé leur engagement à surveiller de près les pressions inflationnistes susceptibles de résulter d’une augmentation prolongée de l’énergie. Pour l’heure, aucun resserrement monétaire d’ampleur n’est attendu dans l’immédiat, ce qui a également contribué à soutenir l’appétit des investisseurs pour les actifs risqués.
Cependant, des nuages pourraient obscurcir l’horizon. Certains analystes mettent en garde contre les effets différés d’un baril durablement élevé sur les marges des entreprises, les coûts de transport ou encore l’inflation importée. Si le rebond du pétrole devait se confirmer dans la durée, certains pays fortement dépendants des importations énergétiques, comme le Japon ou l’Inde, pourraient voir leur balance commerciale et la dynamique de leur devise se fragiliser.
Pour l’instant, la thèse d’une Asie résiliente à la flambée pétrolière fait consensus sur des marchés soucieux de scruter le moindre indicateur macroéconomique et l’évolution des tensions internationales. Mais beaucoup s’accordent à dire que la vigilance reste de mise : tout retournement brusque du marché du pétrole, combiné à un accroissement des risques géopolitiques, pourrait rapidement refreiner l’optimisme actuel.
