En Australie, le débat sur la rémunération des médias par les géants du numérique connaît un nouveau tournant. Les autorités australiennes cherchent à renforcer les obligations imposées à des groupes tels que Meta (maison mère de Facebook et Instagram), Google et TikTok, afin d’assurer une meilleure rétribution des éditeurs de presse pour l’utilisation de leurs contenus sur les plateformes en ligne. Cette volonté s’inscrit dans le sillage d’une législation pionnière adoptée en 2021, qui avait suscité l’attention de nombreuses démocraties à travers le monde.
Depuis l’entrée en vigueur du Code de négociation obligatoire des médias d’information, les plateformes numériques présentes sur le marché australien sont tenues de négocier dans le but de compenser financièrement les médias pour la diffusion ou l’indexation de leurs articles. Ce dispositif avait été scruté à la loupe par les acteurs du secteur et avait, dans un premier temps, rencontré d’importantes résistances de la part des entreprises américaines concernées. Certaines, à l’instar de Meta, avaient momentanément bloqué l’accès aux informations issues de médias australiens sur Facebook afin de protester contre cette réglementation. Après d’âpres négociations, des accords fructueux avaient néanmoins été conclus, débouchant sur des sommes estimées à plusieurs centaines de millions de dollars australiens versés aux groupes médiatiques locaux.
Trois ans plus tard, le paysage évolue et les tensions refont surface. Plusieurs éditeurs australiens affirment que les discussions avec les grandes plateformes s’enlisent et que certains contrats de rémunération arrivent à échéance sans être renouvelés. Dans ce contexte, la Commission australienne de la concurrence et de la consommation (ACCC) et le gouvernement entendent resserrer l’étau autour de Meta, Google et TikTok pour garantir la poursuite de la rémunération des médias et préserver la qualité de l’information.
Le ministre australien des Communications, Michelle Rowland, a récemment exprimé sa préoccupation face à la posture de Meta, qui a annoncé en mars 2024 ne plus vouloir négocier de nouveaux accords de partage des revenus avec la presse australienne. Cette décision, intervenue dans un contexte de ralentissement économique et de baisse des recettes publicitaires, menace directement la viabilité financière de nombreux médias, selon plusieurs observateurs. Google, de son côté, n’a pas fait connaître publiquement d’intentions similaires, mais des inquiétudes persistent quant à la pérennité de ses propres partenariats.
Face à cette incertitude, Canberra envisage d’utiliser l’arsenal réglementaire prévu par la loi de 2021 : en cas d’échec des négociations volontaires, le gouvernement peut « désigner » une plateforme et l’obliger à soumettre son différend avec les médias à un arbitrage indépendant. Une telle mesure n’a encore jamais été appliquée, mais le pouvoir politique n’exclut pas d’y recourir afin d’éviter un appauvrissement du paysage médiatique australien.
Les professionnels de l’information, quant à eux, alertent sur les conséquences d’une éventuelle dégradation des accords de rémunération. Selon eux, le financement tiré de ces négociations permet de soutenir des emplois, de financer des investigations de qualité et de maintenir un niveau élevé de pluralisme dans le secteur. La situation australienne fait écho à des débats en cours dans d’autres pays, notamment au Canada ou dans l’Union européenne, où la répartition de la valeur entre plateformes et médias demeure un sujet de discussion majeur.
Si l’Australie a, jusqu’ici, servi de laboratoire mondial pour la régulation des rapports entre grandes entreprises technologiques et médias, l’avenir de ce modèle dépendra largement de la volonté du gouvernement d’agir face aux nouveaux rapports de force. L’issue des prochains mois pourrait non seulement façonner durablement le financement de l’information en Australie, mais également inspirer d’autres tentatives législatives à l’échelle planétaire.
