Le marché de l’alternance, longtemps considéré comme une voie d’ascension professionnelle et un levier d’accès à l’emploi durable pour les jeunes, fait face à une tendance préoccupante. D’après plusieurs sources concordantes au sein des entreprises et des institutions de formation, le nombre d’alternants dans les banques et les cabinets de conseil connaît une chute significative depuis plusieurs mois en France. Ce phénomène, inédit depuis plus d’une décennie, interroge autant sur la santé économique de ces secteurs que sur la capacité du pays à accompagner l’insertion de sa jeunesse sur un marché du travail déjà tendu.

Alors que la loi « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » avait permis depuis 2018 un essor spectaculaire de l’alternance dans de nombreux secteurs, les données recueillies auprès des grands acteurs bancaires et des sociétés de conseil laissent transparaître un net ralentissement des embauches en contrat d’alternance. Selon les chiffres communiqués à la mi-année par l’Association française des banques, la profession a connu une baisse de 14% du nombre de nouveaux alternants recrutés sur les six premiers mois de l’année par rapport à la même période en 2023. Dans les cabinets de conseil, le constat est similaire, avec une diminution évaluée à près de 20% par le syndicat professionnel du secteur.

Plusieurs facteurs expliquent ce repli soudain. D’abord, les tensions économiques mondiales et les perspectives de croissance incertaines poussent les grandes entreprises à reconsidérer leurs politiques d’embauche, particulièrement pour les profils les plus jeunes. « La priorité revient à la préservation des effectifs permanents, notamment dans un contexte où la demande de missions de conseil fléchit et où la rentabilité des agences bancaires est sous pression », explique un responsable des ressources humaines d’une grande banque française. Par ailleurs, l’accroissement de la charge réglementaire pesant sur l’encadrement des alternants, ainsi que la complexité administrative du montage des contrats, sont également pointés du doigt par plusieurs interlocuteurs rencontrés.

Pour beaucoup de jeunes, ce retournement de conjoncture tombe à un moment charnière. Avec plus de 300 000 contrats d’alternance signés chaque année dans le secteur privé, l’alternance s’était progressivement imposée comme un tremplin vers l’emploi, en particulier pour les diplômés issus de formations spécialisées dans la finance, l’audit ou la gestion de projet. Or, la réduction des opportunités dans des secteurs aussi structurants que la banque et le conseil suscite l’inquiétude de nombreux responsables d’établissements d’enseignement supérieur et de centres de formation d’apprentis. « Nos étudiants risquent de se retrouver sans solution pour valider leur diplôme ou gagner une première expérience, alors que l’alternance représente souvent un sésame pour décrocher un CDI », alerte la directrice d’un institut universitaire en Ile-de-France.

Face à la tendance, certains acteurs appellent à une réaction coordonnée des pouvoirs publics et des branches professionnelles. Plusieurs mesures sont aujourd’hui à l’étude pour tenter d’enrayer la baisse : incitations financières supplémentaires pour les employeurs, simplification des procédures administratives, valorisation accrue de l’alternance dans les plans de formation internes. Mais, pour l’heure, la prudence reste de mise. Les entreprises, encore marquées par l’incertitude macroéconomique, hésitent à s’engager, et la conjoncture semble peu propice à un rebond rapide.

Au-delà du seul secteur bancaire et du conseil, cette évolution pourrait avoir des répercussions sur l’ensemble de l’économie et sur la jeunesse active française. En mettant un coup d’arrêt à un système qui avait fait ses preuves en matière d’intégration professionnelle, ce ralentissement invite à repenser la stratégie nationale sur l’alternance, vecteur clé d’insertion et d’innovation pour l’avenir.

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