Les tensions diplomatiques entre la Hongrie et l’Ukraine connaissent une nouvelle escalade, alors que Budapest a annoncé la suspension progressive de ses livraisons de gaz à destination de l’Ukraine. Le Premier ministre hongrois Viktor Orban a justifié cette décision en réponse aux différends persistants opposant les deux voisins, ajoutant un nouvel élément à la crise énergétique qui secoue l’Europe de l’Est depuis le début du conflit russo-ukrainien.\n\nSelon un communiqué officiel du gouvernement hongrois publié ce matin, la suspension des flux gaziers ne sera pas immédiate mais interviendra de manière « progressive », afin de permettre aux acheteurs concernés de rechercher des solutions alternatives. Viktor Orban s’est exprimé devant le Parlement, fustigeant l’attitude de Kiev qu’il accuse de ne pas respecter certains accords bilatéraux et de mener une politique « hostile » à l’égard de la Hongrie.\n\nCette décision s’inscrit dans un contexte de dégradation continue des relations entre les deux pays. Depuis plusieurs mois, Budapest ne cesse de critiquer le gouvernement ukrainien, l’accusant de discriminer la minorité magyare installée dans la région de Transcarpatie, dans l’ouest de l’Ukraine. Les autorités ukrainiennes, de leur côté, dénoncent la réticence de la Hongrie à soutenir les sanctions européennes contre la Russie et à participer au soutien militaire accordé par l’Union européenne à Kiev.\n\nPour de nombreux experts, la suspension des livraisons de gaz pourrait avoir d’importantes répercussions économiques et politiques. « La Hongrie fait peser une réelle menace sur la sécurité énergétique de l’Ukraine, à un moment où ce pays a un besoin crucial de diversification de ses approvisionnements », analyse András Kovács, chercheur en relations internationales à Budapest. D’après lui, cette mesure vise aussi à renforcer la position de Viktor Orban face à Bruxelles, alors que le dirigeant hongrois multiplie les bras de fer avec les instances européennes sur plusieurs dossiers.\n\nEn réaction à l’annonce de Viktor Orban, le ministère ukrainien des Affaires étrangères a exprimé sa « profonde préoccupation », appelant la Hongrie à « reconsidérer une position qui risque d’aggraver la crise humanitaire et énergétique en Ukraine ». Kiev a également rappelé que l’accès à l’énergie constitue un enjeu vital pour la population, surtout à l’approche de l’hiver.\n\nDu côté de l’Union européenne, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer une décision unilatérale. Un diplomate européen, sous couvert d’anonymat, estime que « la Hongrie fragilise l’unité nécessaire face à la crise et ne rend service ni à l’Ukraine, ni à l’Europe ». Bruxelles rappelle qu’une solidarité énergétique entre États membres est prévue dans le cadre des politiques de sécurité de l’Union.\n\nCe nouvel épisode dans la crise entre Budapest et Kiev ne fait qu’accroître l’incertitude autour de la sécurité énergétique dans la région. À l’heure où la guerre en Ukraine continue de bouleverser l’équilibre des marchés énergétiques et de mettre à l’épreuve la solidarité européenne, la décision prise par Viktor Orban jette un trouble supplémentaire sur l’avenir des relations entre la Hongrie, l’Ukraine et l’ensemble des partenaires européens.
