Elon Musk, patron de Tesla et de SpaceX, a de nouveau critiqué ouvertement OpenAI, l’entreprise d’intelligence artificielle à l’origine de ChatGPT, l’accusant de s’écarter de sa raison d’être originelle. Interrogé sur les activités actuelles d’OpenAI lors d’une récente conférence, Musk n’a pas mâché ses mots : « Vous ne pouvez pas voler une organisation caritative », a-t-il déclaré, exprimant son mécontentement envers la trajectoire commerciale prise par l’entreprise.
À l’origine, OpenAI avait été fondée en 2015 comme une organisation à but non lucratif, soucieuse de développer l’intelligence artificielle dans l’intérêt général, en favorisant la transparence et la sécurité. Elon Musk faisait partie du cercle restreint de créateurs et de mécènes ayant posé les premières bases d’OpenAI. L’entrepreneur affirme que l’engagement de l’organisation envers la recherche ouverte et l’utilité publique a été remis en question avec l’évolution du modèle économique de la société.
En quelques années, OpenAI s’est progressivement transformée, notamment avec la création d’une structure commerciale baptisée OpenAI LP, qui a ouvert la voie à des investissements majeurs, comme le partenariat stratégique noué avec Microsoft. Ce changement de cap a permis de réunir des fonds colossaux, nécessaires pour financer des projets d’IA avancés, mais a aussi suscité de vifs débats dans la communauté technologique concernant la finalité réelle de l’entreprise.
Pour Elon Musk, le virage vers le modèle lucratif a dénaturé l’esprit initial d’OpenAI. Selon lui, la mission d’origine aurait été dévoyée au profit de la rentabilité et des intérêts privés. « Lorsque vous créez une organisation à but non lucratif, c’est justement pour servir l’intérêt général, pas pour être transformée en empire commercial par la suite », a insisté l’homme d’affaires, ajoutant que ce type de revirement pouvait miner la confiance dans les initiatives philanthropiques du secteur technologique.
La friction entre Musk et OpenAI ne date pas d’hier. Après un investissement initial et plusieurs années de présence au conseil d’administration, Elon Musk a quitté l’organisation en 2018, invoquant des divergences stratégiques. Depuis, il s’est montré à plusieurs reprises très critique envers les orientations prises par l’entreprise, spécialement sur la question de la transparence des algorithmes et de l’accès aux modèles génératifs développés. Fin 2023, Musk avait déjà déposé plainte contre OpenAI, l’accusant officiellement d’avoir rompu ses engagements d’ouverture et de service public pour privilégier des accords commerciaux au détriment de la communauté scientifique.
De son côté, OpenAI a rappelé à plusieurs reprises que la transition vers une structure hybride s’était imposée pour rester compétitif face aux géants de la Silicon Valley et protéger ses avancées technologiques. La société insiste sur sa volonté de continuer à mener des recherches responsables et de travailler au bénéfice du plus grand nombre. Mais, pour Musk et ses partisans, la question éthique demeure cruciale : le développement de puissantes intelligences artificielles doit s’effectuer hors de toute logique de monopole ou de marchandisation excessive.
Le conflit entre Elon Musk et OpenAI reflète ainsi les tensions croissantes autour de la gouvernance de l’intelligence artificielle, entre impératifs d’innovation, enjeux financiers et promesses de responsabilité sociale. Alors que le secteur connaît une expansion sans précédent et que la concurrence s’intensifie, le débat sur le rôle du secteur privé dans l’IA, et sur la capacité des acteurs à défendre l’intérêt général face à la pression du marché, reste plus que jamais d’actualité.
