Après plusieurs années de débats et de procédures, le gouvernement français a officiellement autorisé le démantèlement complet de la centrale nucléaire de Fessenheim, située dans le Haut-Rhin, à la frontière avec l’Allemagne. Cette décision marque une étape déterminante dans la politique énergétique de la France, amorçant le processus délicat et long de la déconstruction de l’une des plus anciennes installations nucléaires du pays.\n\nLa fermeture de la centrale de Fessenheim avait été actée en 2020 après quarante-trois années de fonctionnement. Mais jusqu’à présent, seules les opérations de mise à l’arrêt et de sécurisation avaient été engagées sur le site. Par cette nouvelle autorisation, l’exécutif donne désormais son feu vert au démantèlement effectif des installations, annoncée comme une opération inédite par son ampleur et sa complexité.\n\nLe processus va nécessiter plusieurs étapes successives. EDF, l’opérateur du site, va déposer les équipements nucléaires de l’installation, à commencer par les générateurs de vapeur et la cuve des réacteurs. L’évacuation des déchets radioactifs – dont certains doivent être traités selon des protocoles particulièrement stricts – constituera l’un des volets cruciaux du chantier. Dans le même temps, les équipes techniques devront procéder à la décontamination des bâtiments, puis à leur démolition progressive. Le calendrier s’étalera sur une quinzaine d’années au minimum.\n\nPour justifier sa décision, le gouvernement met en avant la cohérence avec la trajectoire de réduction du parc nucléaire décidée ces dernières années. Fessenheim, inaugurée en 1977, était la doyenne des centrales françaises encore en activité avant 2020. Sa situation géographique, sur une zone sismique proche du Rhin, ainsi que son âge, avaient cristallisé de nombreuses critiques, y compris de l’autre côté de la frontière, à Berlin et à Berne.\n\nLa fin annoncée de Fessenheim ne met cependant pas un terme aux questionnements autour de l’avenir du nucléaire dans l’Hexagone. L’exécutif rappelle que l’énergie atomique demeure un pilier de la stratégie de neutralité carbone, alors que les discussions se poursuivent sur la construction de nouveaux réacteurs EPR de dernière génération. En parallèle, la France s’engage à tirer les leçons techniques et environnementales du chantier de Fessenheim afin d’ouvrir la voie à d’autres démantèlements à venir. Avec plus d’une douzaine de réacteurs appelés à fermer d’ici 2035, la filière du démantèlement est appelée à devenir un secteur stratégique, à la fois pour la sécurité et l’emploi.\n\nSur le plan local, la gestion des conséquences économiques reste un défi majeur. Près de 2 000 emplois directs et indirects dépendaient du site avant sa fermeture. Si quelques centaines d’anciens salariés participent aujourd’hui aux opérations techniques, la reconversion du territoire fait l’objet de discussions entre responsables locaux, acteurs économiques et gouvernement. Un fonds de soutien doit accompagner les projets industriels visant à revitaliser la région, mais la transformation s’annonce longue et complexe pour une partie de la population.\n\nLe démantèlement de Fessenheim se veut en tout état de cause un « laboratoire » pour la filière nucléaire française, confrontée comme ailleurs en Europe au défi de l’arrêt contrôlé de ses installations vieillissantes. Le dossier sera suivi de près aussi bien par les autorités de sûreté que par les associations environnementales, qui appellent à une gestion exemplaire des déchets et à la transparence tout au long du processus.
