Après plusieurs décennies de gestion privée, le gouvernement camerounais a annoncé la renationalisation de la société en charge de la distribution de l’électricité sur l’ensemble du territoire. Cette décision marque un tournant majeur dans la politique énergétique du pays, qui avait jusqu’à présent opté pour la privatisation afin d’attirer des investissements étrangers et moderniser ses infrastructures.
L’État camerounais avait cédé la gestion de la distribution d’électricité au début des années 2000, dans un contexte d’ajustement structurel dicté par les bailleurs de fonds internationaux. Ce choix avait alors pour ambition principale de permettre le renouvellement d’un réseau vieillissant, d’accroître la qualité de service et d’offrir des tarifs plus compétitifs aux usagers. L’entreprise privée chargée de l’exploitation, majoritairement détenue par un groupe étranger, s’était engagée à investir dans la modernisation des installations et à améliorer la desserte nationale.
Cependant, ces dernières années, de nombreuses voix s’étaient élevées pour dénoncer les limites du modèle privatisé. Les coupures de courant récurrentes sont devenues le symbole des difficultés persistantes du secteur, touchant aussi bien les grandes agglomérations que les zones rurales. À cela se sont ajoutées des critiques relatives aux faibles investissements dans l’entretien du réseau, aux retards dans les projets d’extension de la distribution et à l’absence d’un interlocuteur public solide pour arbitrer les conflits avec les consommateurs.
Face à ces défis, les pouvoirs publics ont décidé de mettre fin à la concession et de reprendre en main la distribution d’électricité. Selon le gouvernement camerounais, cette mesure vise à « garantir la souveraineté énergétique nationale, améliorer la qualité du service public et répondre plus efficacement aux besoins croissants de la population et du tissu économique ». Les autorités affirment également que la renationalisation permettra d’accélérer la transition énergétique et de favoriser la mise en œuvre de grands projets structurants, tels que l’électrification rurale ou le développement des énergies renouvelables.
La décision a suscité des réactions contrastées parmi les acteurs du secteur. Les syndicats et certaines associations de consommateurs se sont réjouis de voir l’État reprendre la main, espérant une meilleure prise en compte de l’intérêt général. Les observateurs étrangers, en revanche, mettent en garde contre les risques liés à un retour à une gestion purement publique, rappelant les difficultés anciennes de sous-investissement et d’inefficacité dans les entreprises d’État avant la vague de privatisations.
Pour réussir ce pari, le pays devra relever plusieurs défis d’envergure : garantir la stabilité et la fiabilité de l’approvisionnement, mobiliser les ressources nécessaires à la modernisation du réseau, et instaurer une gouvernance transparente et performante. Selon des sources au sein du ministère de l’Énergie, un vaste plan d’investissements serait à l’étude, tout comme la possibilité de recourir à des partenariats public-privé ciblés pour certains projets spécifiques.
Dans la sous-région, le Cameroun n’est pas un cas isolé : plusieurs États d’Afrique centrale s’interrogent sur la meilleure manière d’assurer un service public d’électricité accessible, fiable et durable. La renationalisation camerounaise pourrait servir de laboratoire, voire de modèle, pour d’autres pays confrontés aux mêmes enjeux de souveraineté énergétique et de développement économique. L’heure est désormais à la mise en œuvre et à la recherche de solutions pérennes pour répondre à la demande croissante d’électricité, moteur essentiel de la croissance du pays.
