Pour la première fois depuis la nomination de Jean Castex à la présidence de la SNCF, quatre organisations syndicales de cheminots ont lancé un appel commun à la grève le mercredi 10 juin. Les syndicats CGT-Cheminots, SUD-Rail, CFDT-Cheminots et UNSA Ferroviaire souhaitent ainsi marquer d’une pierre blanche le début d’un nouveau rapport de force avec la direction de la compagnie publique de transport ferroviaire.
« On se prépare à taper fort », préviennent d’ores et déjà les représentants syndicaux, laissant planer la perspective d’un mouvement d’ampleur. Cet appel coordonné signe le retour d’une unité syndicale sur le front social ferroviaire, quelques mois après la fin du dernier grand conflit qui avait mobilisé une partie des agents. Les motifs de la colère portent, au premier chef, sur la dénonciation de la dégradation des conditions de travail et sur l’insuffisance des revalorisations salariales au sein de l’entreprise.
Selon les syndicats, la période récente a vu s’accumuler les tensions sur le terrain. « Les agents sont épuisés par les cadences, les suppressions de postes et l’incertitude qui pèse sur leur avenir », détaille un délégué syndical de la CGT-Cheminots. À cela s’ajoute, selon les représentants, une communication jugée opaque de la direction et des engagements non tenus, notamment sur la modernisation des outils et la sécurité du personnel.
La nomination de Jean Castex à la présidence de la SNCF en juin dernier, après son passage à Matignon, avait suscité des attentes en interne. Les cheminots espéraient que l’ancien Premier ministre adopterait une posture plus ouverte à l’égard des revendications sociales. Quelques semaines plus tard, le constat est amer pour les syndicats : « Il s’est tenu à distance des négociations. Nous n’avons pas vu de changement concret dans le dialogue social », déplore un responsable de SUD-Rail.
Face à cette situation, la décision de lancer un préavis de grève unitaire témoigne d’un durcissement des positions. L’objectif affiché par les syndicats est double : se faire entendre de la direction, mais aussi du gouvernement, alors que les enjeux autour du financement du rail et de l’ouverture à la concurrence restent d’actualité. Les organisations redoutent que la réforme du secteur ferroviaire, amorcée ces dernières années, ne se traduise par une remise en cause plus profonde des acquis sociaux.
Les conséquences de la grève annoncée pourraient se faire sentir sur l’ensemble du trafic national. Si le taux de participation s’annonce élevé dans certains secteurs, les syndicats préviennent qu’ils pourraient être amenés à reconduire le mouvement si la direction ne répond pas à leurs revendications. Pour l’heure, la SNCF n’a pas encore réagi officiellement à cet appel, mais pourrait proposer une médiation de dernière minute afin de désamorcer la crise.
Ce mouvement, premier du genre sous « l’ère Castex », sera scruté de près par l’ensemble des acteurs du secteur. Alors que la SNCF doit négocier des virages stratégiques majeurs, la mobilisation des agents souligne la persistance d’un malaise social profond au sein de l’entreprise. Reste à savoir si la direction saura renouer le dialogue avant que le conflit ne s’enlise et ne perturbe durablement le trafic ferroviaire français.
