A l’heure où le paysage audiovisuel connaît une mutation profonde, Gaëtan Bruel, président du Centre National du Cinéma et de l’Image animée (CNC), tire la sonnette d’alarme sur la situation du cinéma français. « Nous vivons un moment de grand danger pour le cinéma », a-t-il déclaré lors d’une intervention récente, soulignant les multiples défis auxquels l’industrie doit désormais faire face.\n\nSelon Gaëtan Bruel, la conjonction de facteurs économiques, sociaux et technologiques fragilise un écosystème longtemps perçu comme solide. Parmi ces facteurs, la fréquentation des salles s’est effondrée à la suite de la pandémie de Covid-19 et peine encore à retrouver son niveau d’avant-crise. Les chiffres de 2023 montrent une baisse significative du nombre d’entrées, malgré la reprise d’événements majeurs comme le Festival de Cannes ou la sortie de films porteurs. « Le public n’est pas revenu au rythme espéré, et cela menace l’équilibre financier de nombreux exploitants de salles », explique le président du CNC.\n\nA cette crise de la fréquentation s’ajoute l’irruption massive des plateformes de streaming, bouleversant les modèles traditionnels de diffusion et de financement du cinéma. Alors que Netflix, Amazon Prime ou Disney+ investissent massivement dans la production et la diffusion de contenus, les producteurs français doivent repenser leur stratégie pour préserver leur singularité culturelle et économique. « Nous sommes face à des acteurs internationaux dont la puissance financière dépasse de loin celle de beaucoup de producteurs nationaux », insiste Gaëtan Bruel, qui rappelle l’importance de « préserver un financement à la française » du 7ème art.\n\nAutre point d’inquiétude majeur : les difficultés structurelles des filières techniques et artistiques, du scénario à la distribution. Selon le CNC, le coût de production des films ne cesse d’augmenter, tandis que les sources traditionnelles de revenus (ventes à l’étranger, exploitations secondaires) s’érodent dans un univers numérique mondialisé. Par ailleurs, les jeunes talents peinent à émerger face à une concurrence exacerbée et à des conditions d’accès au marché de plus en plus rigoureuses. « L’attractivité des métiers du cinéma est mise à mal par la précarisation et l’incertitude qui règnent aujourd’hui », regrette Gaëtan Bruel.\n\nMalgré ces difficultés, le président du CNC se veut porteur d’un message mobilisateur. « Nous devons renforcer notre soutien à l’innovation, accompagner la transition technologique, mais aussi défendre la diversité culturelle qui fait la richesse de notre cinéma », plaide-t-il. Parmi les pistes évoquées, figurent la révision des aides publiques, le développement de partenariats internationaux et une régulation accrue des plateformes pour assurer un partage équitable de la valeur. « L’avenir du cinéma se joue maintenant, et il dépendra de notre capacité collective à faire face à ces défis majeurs », conclut Gaëtan Bruel, invitant à une mobilisation générale de l’ensemble des acteurs du secteur.
