Réuni à Nairobi à l’occasion d’un sommet économique majeur consacré au développement du continent africain, le président français Emmanuel Macron a annoncé ce jeudi un ambitieux partenariat financier d’une ampleur inédite : 23 milliards d’euros d’investissements conjoints seront mobilisés en faveur de projets économiques en Afrique. Cette enveloppe, qui associe acteurs publics français, investisseurs privés et partenaires africains, se veut un signal fort du renforcement de la coopération économique entre la France et l’Afrique.
Devant un parterre de chefs d’État africains, d’industriels, de start-upers et de représentants d’institutions internationales, Emmanuel Macron a souligné la nécessité pour la France et ses partenaires de « changer de paradigme » dans les relations économiques avec le continent. « Il s’agit de bâtir une nouvelle alliance, fondée sur des réseaux économiques partagés et non sur une logique d’aide traditionnelle », a-t-il affirmé. Le dirigeant français a rappelé le potentiel de croissance unique de l’Afrique, qui héberge près d’un cinquième de la population mondiale et connaît une urbanisation rapide.
La manne de 23 milliards d’euros, qui doit être affectée sur les cinq prochaines années, financera des secteurs jugés stratégiques : énergies renouvelables, infrastructures de transport, numérique, agro-industrie et santé. Une partie significative devrait aller à l’accompagnement de PME africaines, afin de stimuler l’entreprenariat local. Selon l’entourage du président, l’objectif consiste à favoriser des investissements co-construits entre entreprises françaises et africaines ainsi qu’à « mutualiser les risques pour faciliter l’accès des porteurs de projets aux financements ».
Du côté français, la Banque publique d’investissement (Bpifrance), l’Agence française de développement (AFD) et plusieurs grands groupes tricolores participeront à l’initiative, aux côtés de fonds souverains et banques de développement africains. Une plateforme dénommée « Alliance Investissement Afrique-France » devra coordonner la sélection des projets, garantir la transparence des processus et faciliter la levée de capitaux privés. Le président kényan William Ruto, hôte du sommet, a salué cette annonce « historique », y voyant « un signe de confiance dans le potentiel africain » et une opportunité de « créer des emplois et d’encourager l’innovation locale ».
Macron a par ailleurs insisté sur l’importance de « rompre avec les logiques de dépendance passéistes » en promouvant des partenariats sur un pied d’égalité. Cette stratégie s’inscrit dans la volonté de l’exécutif français de « refonder » sa politique africaine, dans un contexte de concurrence croissante sur le continent, notamment avec la Chine, l’Inde ou la Turquie. Le président a appelé à « une ouverture massive des marchés africains aux entrepreneurs de la diaspora, à l’investissement féminin et à la jeunesse », qui représentent, selon lui, « les moteurs de l’avenir africain ».
De nombreux observateurs saluent ce tournant, tout en rappelant le défi que constitue le suivi effectif des annonces d’investissement et l’importance d’inscrire celles-ci dans la durée. « La clé sera l’alignement des intérêts entre les partenaires, la capacité à soutenir les projets à long terme et la création d’emplois locaux durables », explique un expert des relations économiques Afrique-France présent sur place.
Ce plan d’investissement intervient alors que de nombreux pays africains font face à des défis majeurs : pression démographique, urgence climatique, financement des infrastructures. Pour Paris, l’enjeu sera aussi de réaffirmer sa place sur un continent qui redéfinit ses alliances économiques, sur fond de compétition internationale grandissante.
