Les plateformes de livraison de repas Uber Eats et Deliveroo sont de nouveau placées sous le feu des projecteurs. Ce jeudi, plusieurs syndicats représentant les livreurs ont officiellement mis en demeure les deux géants du secteur en réclamant davantage de transparence sur le fonctionnement de leurs algorithmes. Cette action intervient alors que de nombreux travailleurs indépendants se plaignent de l’opacité qui entoure la répartition des courses, la fixation des tarifs et l’attribution des bonus.

Dans leurs courriers, adressés aux représentants français des deux entreprises et rendus publics, les organisations syndicales dénoncent un manque de clarté préjudiciable pour les travailleurs. Elles exigent des plateformes qu’elles dévoilent les critères précis utilisés pour calculer les revenus, attribuer les commandes ou encore suspendre un compte. « Nous estimons que ce manque de transparence engendre une situation d’incertitude permanente pour les livreurs, qui ne comprennent bien souvent pas pourquoi leur rémunération fluctue ou pourquoi ils ont moins de courses à certaines heures », explique un représentant de la CGT.

Les livreurs, officiellement indépendants, demeurent dépendants des applications numériques mises à disposition par Uber Eats et Deliveroo. Or, ces applications utilisent des algorithmes étroitement gardés secrets pour gérer la logistique de livraison. Les syndicats estiment que ce fonctionnement opaque empêche toute véritable négociation sur les conditions de travail et la rémunération. Ils craignent également que cet environnement facilite des pratiques discriminatoires non-contrôlées ou des sanctions arbitraires, sans fondements explicites.

L’offensive syndicale s’appuie sur le renforcement récent du cadre réglementaire européen. Le Parlement européen a adopté il y a quelques mois la directive sur les travailleurs des plateformes, qui impose notamment davantage de transparence algorithmique. En France, la loi d’orientation sur le numérique, ainsi que le Code du travail, garantissent également le droit d’accès à certains éléments d’information sur les conditions de travail générées ou modulées par des systèmes automatisés.

Les syndicats demandent aux deux plateformes de leur transmettre, dans un délai de deux semaines, une documentation claire sur la manière dont les algorithmes prennent leurs décisions. Ils souhaitent que les livreurs soient informés des critères qui influent sur l’attribution des courses – comme la géolocalisation, la notation, le taux d’acceptation ou de refus – ainsi que sur la formation des tarifs. « Il n’est pas acceptable que le cœur des conditions de travail repose sur une boîte noire totalisée par l’entreprise seule », martèle un délégué SUD.

De leur côté, contactées par nos soins, les entreprises Uber Eats et Deliveroo rappellent leur volonté de coopérer dans le respect de la réglementation. Elles assurent que leurs applications respectent la vie privée des travailleurs et que les décisions critiques font l’objet d’un recours humain possible. Cependant, elles demeurent floues sur le degré de transparence qu’elles entendent offrir sur les codes et critères d’attribution utilisés par leurs automates.

Cette mise en demeure syndicale préfigure de possibles actions judiciaires si les réponses apportées ne satisfont pas les représentants des travailleurs. Le débat sur la transparence algorithmique devrait donc rester au centre des tensions entre plateformes et livreurs dans les mois à venir. Pour ces derniers, il s’agit d’une nouvelle étape vers une meilleure reconnaissance de leurs droits et une plus grande stabilité dans leur activité quotidienne.

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