Les livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance de Russie vers l’Union européenne connaissent une progression significative, atteignant un sommet inédit depuis 2022. Cette évolution a été mise en avant par une étude récente, qui souligne la contradiction apparente entre la volonté affichée de l’UE de réduire sa dépendance énergétique à l’égard de la Russie et la réalité des importations sur le terrain.
Selon les chiffres publiés par le cabinet d’analyse spécialisé dans les flux énergétiques, l’Union européenne a renoué avec un niveau record d’importation de GNL russe au cours des premiers mois de l’année 2024. En dépit des mesures prises après l’invasion de l’Ukraine et des déclarations répétées sur la nécessité de diversifier les sources énergétiques, la Russie demeure un fournisseur incontournable sur le marché du gaz liquéfié.
« Les volumes de GNL russe importés par l’UE ont dépassé ceux enregistrés durant l’année 2022 », confirment les auteurs de l’étude. Les importations se sont principalement concentrées sur des terminaux en Espagne, en France et en Belgique, qui font figure de plaques tournantes européennes pour ce combustible. Cette tendance intervient alors même que les livraisons de gaz naturel par gazoduc, historiquement la principale voie d’acheminement, se sont effondrées en raison du contexte géopolitique et des sanctions occidentales.
La montée en puissance du GNL, et en particulier du GNL d’origine russe, s’explique par une série de facteurs. D’une part, la guerre en Ukraine a provoqué d’importants bouleversements sur les marchés mondiaux de l’énergie, incitant l’Europe à rechercher des alternatives au gaz par gazoduc, dont le flux a drastiquement diminué. D’autre part, les infrastructures de regazéification ont vu leurs capacités augmenter à travers le continent, facilitant un recours croissant à ce type d’importations.
Néanmoins, cette dépendance persistante suscite de vives interrogations au sein de l’opinion publique et du spectre politique européen. Certains États membres, comme l’Espagne et la Belgique, ont demandé à la Commission européenne l’instauration d’un embargo sur les importations de GNL russe, estimant que ces acquisitions minent l’efficacité des sanctions imposées à Moscou depuis le début du conflit. Pourtant, la mise en œuvre d’une telle mesure demeure controversée et divise au sein des Vingt-Sept, nombre de pays dépendant fortement du GNL pour assurer leur approvisionnement énergétique, surtout en cas de crise ou de tension sur les prix.
Pour les analystes, cette situation paradoxale traduit la difficulté de l’Europe à conjuguer impératifs économiques et exigences stratégiques. « Les infrastructures de GNL construites dans l’urgence ont été pensées avant tout pour pallier les possibles pénuries et répondre à la volatilité des prix, moins pour apporter une réponse durable aux questions de souveraineté énergétique », commente un expert du secteur. Dans l’attente de nouvelles capacités de production provenant d’autres régions — notamment les États-Unis, le Qatar ou encore l’Afrique —, la Russie reste donc, de fait, un acteur central du marché européen du gaz.
La question de l’approvisionnement en GNL originaire de Russie cristallise ainsi les divisions et met en lumière les fragilités persistantes du marché européen de l’énergie. Malgré l’objectif affiché d’indépendance et la volonté de soutenir l’Ukraine, les besoins immédiats des consommateurs et des industriels européens continuent de prévaloir dans la pratique. L’étude conclut que, sans une réponse commune et coordonnée à l’échelle européenne, la tendance à l’augmentation des importations russes pourrait se prolonger dans les mois à venir.
