Le paysage nautique italien vient de connaître un bouleversement majeur avec la prise de contrôle du fleuron Ferretti par un groupe chinois. Cette opération stratégique soulève un tollé au sein de la classe politique italienne, certains acteurs réclamant l’intervention directe de la présidente du Conseil, Giorgia Meloni, afin de préserver ce champion national du secteur du luxe.

Ferretti, symbole prestigieux de l’industrie navale italienne depuis son origine en 1968, figure parmi les constructeurs de yachts les plus renommés au monde. La société, basée à Forlì en Émilie-Romagne, a bâti sa réputation grâce à ses modèles d’exception, synonymes de savoir-faire, d’innovation technique et de raffinement à l’italienne. Sa clientèle, constituée d’ultra-riches et de passionnés, contribue à faire rayonner le made in Italy à l’international.

L’annonce du rachat majoritaire du groupe par le conglomérat chinois Weichai, déjà actionnaire depuis 2012, a fait l’effet d’un séisme dans la péninsule. En augmentant encore sa participation, Weichai détient désormais le contrôle effectif du capital de Ferretti. Certains investisseurs italiens, attachés à l’indépendance de l’entreprise, ont fait part de leurs préoccupations voire de leur indignation. L’un d’eux est allé jusqu’à réclamer publiquement que le gouvernement active le mécanisme du “Golden Power”, qui permet à l’État italien de bloquer ou conditionner les acquisitions étrangères dans des secteurs stratégiques pour protéger la souveraineté nationale.

Au cœur des inquiétudes : le risque de voir filer à l’étranger compétences, brevets, emplois ou encore le patrimoine immatériel qui fait la force de l’économie transalpine. Ferretti emploie plus de 1 600 personnes en Italie et fait travailler de nombreux sous-traitants, consolidant un tissu industriel local. L’entreprise pèse également lourd dans les exportations italiennes et contribue à entretenir une image d’excellence sur le marché mondial de la plaisance, où la concurrence internationale est féroce.

La direction de Ferretti, tout en saluant le recours à des capitaux solides, tente de rassurer quant à la pérennité des sites de production et de la localisation des centres de décision. De son côté, Weichai déclare vouloir porter l’entreprise à de nouveaux sommets, grâce à sa puissance financière et à sa capacité à ouvrir le marché chinois, immense réservoir de clients potentiels.

La question du contrôle de Ferretti n’est pas qu’économique ; elle revêt une dimension symbolique. À l’heure où l’Italie mène une réflexion plus large sur sa souveraineté technologique et économique, l’entrée d’investisseurs extra-européens dans des fleurons nationaux divise la classe politique. Certains estiment que ces opérations sont inévitables face à la globalisation et qu’elles constituent une opportunité de croissance. D’autres craignent une dilution de l’identité italienne et un affaiblissement du tissu industriel local.

Alors que le gouvernement n’a pour l’instant pas officialisé sa position sur le dossier, l’appel à une intervention directe de la présidence du Conseil témoigne d’un climat de crispation. Ce cas Ferretti pourrait ainsi faire jurisprudence et nourrir le débat sur la protection des actifs stratégiques en Europe, face à l’appétit grandissant d’acteurs internationaux désireux de s’offrir les joyaux de l’industrie du Vieux Continent.

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