Dans un geste qui marque un durcissement de sa politique d’investissement étranger dans les secteurs stratégiques, le gouvernement australien a exigé cette semaine que plusieurs actionnaires liés à la Chine se désengagent d’une entreprise locale spécialisée dans les terres rares. Cette décision, annoncée par le ministre australien du Trésor, s’inscrit dans un contexte de tension croissante autour du contrôle des matières premières critiques et de la volonté affichée de Canberra de protéger ses intérêts économiques et sécuritaires.
Les autorités australiennes ont invoqué la législation sur les investissements étrangers pour ordonner à plusieurs groupes chinois de céder leurs parts dans Northern Minerals, une société cotée en Bourse spécialisée dans l’exploitation et le raffinage des terres rares dans le grand nord-ouest du pays. Ces minerais sont essentiels à la fabrication d’une multitude de technologies de pointe, dans les secteurs de la défense, de l’électronique et de l’énergie verte, notamment les aimants permanents utilisés dans les moteurs de véhicules électriques et les éoliennes.
La décision du gouvernement vise en particulier trois investisseurs – parmi lesquels Yuxiao Fund – dont la présence au capital de Northern Minerals était considérée comme susceptible de compromettre la sécurité nationale australienne. Canberra n’a pas détaillé publiquement la nature exacte de ses préoccupations, mais le Trésor a affirmé que ces participations n’avaient pas reçu l’approbation requise au titre du régime de contrôle des investissements étrangers en vigueur.
Ce cas n’est pas isolé et s’inscrit dans une série de mesures adoptées ces dernières années par l’Australie pour limiter l’accès d’investisseurs étrangers, en particulier chinois, à ses actifs dans les secteurs jugés stratégiques. En 2020, face à l’intensification de la rivalité sino-américaine et aux pressions pour sécuriser ses chaînes d’approvisionnement, le pays a renforcé ses règles encadrant les prises de participation étrangère dans les mines, infrastructures et technologies sensibles.
Dans le secteur des terres rares, l’Australie s’est donné pour ambition de jouer un rôle majeur dans la diversification de l’approvisionnement mondial, alors que la Chine contrôle actuellement plus de 80% des capacités de traitement et d’exportation mondiales de ces minerais. Cette dépendance est perçue comme un risque pour l’industrie mondiale, notamment européenne, américaine et japonaise, qui cherchent à sécuriser des alternatives crédibles aux chaînes de valeur dominées par Pékin.
La réaction de la Chine n’a pas tardé : le ministère des Affaires étrangères a exhorté l’Australie à « fournir un environnement d’investissement ouvert, équitable et non discriminatoire », jugeant sans fondement les craintes australiennes sur la sécurité nationale. Du côté des industriels australiens, la décision est globalement saluée comme un gage de protection de la souveraineté nationale et d’encouragement à l’investissement local et occidental dans les ressources critiques.
La société Northern Minerals, au cœur de l’affaire, entend désormais rechercher de nouveaux investisseurs pour accompagner le développement de son projet-vedette qui vise à faire de l’Australie le deuxième plus gros producteur mondial de dysprosium et terbium, deux composés stratégiques. Le gouvernement a déclaré qu’il étudierait avec attention les futurs candidats à l’investissement, réaffirmant sa volonté de préserver l’intégrité des actifs miniers australiens face à l’appétit croissant de puissances étrangères.
Cette décision politique intervient alors que de nombreux pays cherchent à renforcer leur autonomie dans les secteurs des métaux stratégiques et à réduire les vulnérabilités mises en lumière par la pandémie et la montée des rivalités géopolitiques. Elle devrait accentuer la reconfiguration des alliances et des flux d’investissement dans l’industrie minière internationale, au bénéfice d’acteurs considérés comme « de confiance » par Canberra et ses partenaires.
