Dans un contexte marqué par des débats intenses sur l’indépendance des médias et l’influence croissante de certains groupes industriels dans le paysage audiovisuel français, le directeur du Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC) a tenu à clarifier sa position vis-à-vis de la récente tribune anti-Bolloré, qui fait grand bruit dans les milieux culturels et médiatiques. \n\n
Cette tribune, signée par plusieurs personnalités du secteur et rendue publique la semaine dernière, dénonce l’emprise constatée du groupe dirigé par l’industriel Vincent Bolloré sur plusieurs organes de presse, de chaînes de télévision et de maisons d’édition. Les auteurs y expriment leur inquiétude quant aux conséquences de ces concentrations sur la pluralité des opinions et la liberté de création artistique en France. Ils exhortent les pouvoirs publics à prendre des mesures pour garantir l’indépendance et la diversité du paysage médiatique. \n\n
Pour autant, le directeur du CNC – organisme public chargé de soutenir la création cinématographique et audiovisuelle – prend ses distances. Interrogé sur la question lors d’un entretien avec la presse, il déclare : « Je ne me retrouve pas dans les faits exposés dans cette tribune, dont certains relèvent plus de l’interprétation que d’une analyse factuelle. » Il précise que si l’ensemble des sujets portant sur l’indépendance des médias lui semble légitime et mérite d’être posé, il déplore toutefois le ton alarmiste du texte : « Les amalgames qui y sont faits ne correspondent pas à la réalité de notre secteur tel que je le vis au quotidien. » \n\n
Le responsable rappelle que le CNC possède une mission de neutralité et de soutien à l’ensemble de la filière, indépendamment des identités des groupes industriels qui détiennent tel ou tel média. « Notre rôle, c’est d’accompagner la création dans sa diversité, de veiller à l’équité d’accès aux fonds publics et au respect du pluralisme, quel que soit le contexte concurrentiel », ajoute-t-il. Il assure que les mécanismes d’attribution d’aides sont encadrés par des règles strictes permettant d’éviter des situations de conflits d’intérêts ou d’abus de position dominante. \n\n
Conscient toutefois de la tension palpable au sein de la profession, le directeur du CNC affirme vouloir rester à l’écoute des auteurs, producteurs et professionnels qui relaient leur inquiétude. Mais il réfute toute idée d’intervention directe ou de sélection selon des critères politiques ou idéologiques : « Nous devons préserver un équilibre entre liberté d’expression et respect des institutions. Notre démarche s’inscrit dans celle de l’État de droit et des principes républicains, qui assurent le pluralisme tout en évitant de polariser le débat. » \n\n
La réaction du responsable du CNC intervient alors que de nombreux dossiers concernant la recomposition du secteur audiovisuel restent en cours, et que les pouvoirs publics multiplient les consultations sur les questions de concentration et d’indépendance des médias. Plusieurs associations de réalisateurs et scénaristes saluent en revanche la prise de parole courageuse de la tribune, témoignant d’une fracture au sein du secteur entre partisans d’une régulation renforcée et défenseurs d’une approche plus pragmatique basée sur le dialogue et l’autorégulation. \n\n
Reste à voir si la position du directeur du CNC saura apaiser les tensions, ou si le débat autour de l’influence des grands groupes dans la culture continuera à diviser durablement la profession.
