Dans un contexte politique tendu outre-Atlantique, les droits de douane s’imposent plus que jamais comme un enjeu central de la politique commerciale américaine. Alors que la course à la présidence bat son plein, une constante s’affirme : aucun des principaux candidats à la Maison-Blanche ne se risque aujourd’hui à proposer la suppression pure et simple des barrières tarifaires. Un constat dressé sans équivoque par l’économiste britannique Richard Baldwin, spécialiste reconnu du commerce international.

La question mérite d’être posée à l’heure où l’économie américaine tente, tant bien que mal, de composer avec les répercussions d’années de tensions commerciales, initiées notamment sous l’administration Trump. Les droits de douane, érigés en instrument de protection d’une économie nationale « sous pression », semblent avoir retrouvé une respectabilité et une légitimité dans la classe politique. De fait, la promesse d’un retour à un libre-échange sans entrave reste absente des discours de campagne. « Aucun candidat à la Maison-Blanche ne fera campagne sur la suppression des droits de douane », rappelle avec insistance Richard Baldwin, soulignant un virage durable dans la doctrine commerciale américaine.

Ce repli protectionniste s’explique en grande partie par la volonté de répondre aux inquiétudes d’une partie de la population américaine, frappée par la désindustrialisation et soucieuse de préserver les emplois locaux. Les électeurs, particulièrement sensibles aux effets parfois délétères de la mondialisation sur le tissu industriel, sont désormais peu réceptifs aux arguments en faveur d’un commerce totalement libéralisé. Les différentes plateformes électorales, qu’elles soient républicaines ou démocrates, reflètent ainsi ce changement d’attitude : si des débats subsistent quant à la portée ou à la forme à donner aux droits de douane, leur suppression figure rarement à l’ordre du jour.

Les grandes entreprises et les économistes favorables au libre-échange n’ont eu de cesse d’alerter sur les risques que comporte le maintien — voire le renforcement — des droits de douane. Selon eux, ce choix pourrait renchérir le coût de la vie aux États-Unis, freiner la compétitivité internationale de certains secteurs et compliquer les relations diplomatiques avec de nombreux partenaires commerciaux. Toutefois, force est de constater que ces messages peinent aujourd’hui à percer dans le débat public. Le climat politique, largement polarisé, contribue à durcir les positions et à faire des droits de douane un symbole du volontarisme économique national.

Plus globalement, cette tendance illustre le tournant que connaît la politique commerciale américaine depuis quelques années, marquée par une défiance croissante vis-à-vis de la Chine et par une volonté affichée de « rapatrier » certaines chaînes de valeur stratégiques sur le territoire national. Les chocs successifs liés à la crise du Covid-19 et aux tensions géopolitiques n’ont fait qu’accentuer ce mouvement. Les responsables politiques — qu’ils soient en campagne ou déjà en poste — privilégient donc un discours axé sur la souveraineté économique, quitte à s’écarter des dogmes traditionnels du libre-échange.

L’issue de l’élection présidentielle ne devrait vraisemblablement guère infléchir cette orientation. Selon Richard Baldwin, aucun grand favori ne semble pressé d’inverser la tendance. Signe des temps : la perspective d’un démantèlement généralisé des droits de douane paraît, pour l’heure, reléguée au second plan face à l’exigence d’une protection renforcée des intérêts économiques américains. Le paysage commercial mondial devra, de facto, s’accommoder durablement de ce nouvel équilibre imposé par la realpolitik de Washington.

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