Alors que l’Union européenne ne cesse d’encourager ses États membres à se détourner des hydrocarbures russes dans un contexte de guerre en Ukraine et de sanctions économiques, la Hongrie se trouve une nouvelle fois au cœur des tensions. Depuis des décennies, l’approvisionnement en pétrole brut de ce pays d’Europe centrale dépend principalement du gigantesque oléoduc Druzhba, qui s’étend depuis la Russie, franchissant l’Ukraine et la Slovaquie pour alimenter notamment la raffinerie hongroise de Százhalombatta. Pour Bruxelles comme pour une partie de la classe politique locale, il existe pourtant une alternative jugée crédible : l’oléoduc Adria, qui pourrait permettre à la Hongrie de se fournir ailleurs qu’auprès de Moscou. Pourtant, Viktor Orban s’y oppose, cristallisant critiques et interrogations sur les choix énergétiques de Budapest.\n\n
Le projet Adria, construit à l’origine dans les années 1970 pour relier la mer Adriatique à l’Europe centrale, permet théoriquement d’acheminer vers la Hongrie du pétrole en provenance de pays tiers via le port croate d’Omišalj. Long de près de 700 kilomètres, cet oléoduc rejoint la raffinerie hongroise située au sud de Budapest. Plusieurs voix, en Hongrie et au sein de l’Union, estiment qu’il représente désormais une option fiable pour réduire la dépendance à la Russie, forte de près de 80 % dans le mix pétrolier hongrois. La Croatie s’est d’ailleurs déclarée prête à renforcer ses capacités logistiques pour augmenter les flux, tandis que Bruxelles propose d’accompagner financièrement une éventuelle modernisation de la structure.\n\n
Mais du côté du gouvernement hongrois, la perspective se heurte à un mur politique. Viktor Orban, Premier ministre depuis 2010, se montre inflexible sur la question. Selon lui, le pétrole véhiculé par Adria coûterait bien plus cher et entraînerait des conséquences dommageables sur l’économie du pays, qui repose en partie sur la compétitivité de son industrie énergétique. Il avance également que le passage à d’autres approvisionnements pourrait provoquer des perturbations majeures dans les infrastructures existantes, dont la modernisation serait coûteuse et longue. Pour ses détracteurs, ce refus s’explique surtout par la proximité traditionnelle d’Orban avec le Kremlin, dont il est devenu le principal allié au sein de l’Union.\n\n
Dans l’opposition, de plus en plus de figures politiques dénoncent le « choix du statu quo » entretenu par le Premier ministre et le groupe pétrolier national, MOL, qui détient la raffinerie de Százhalombatta et gère le transport par oléoducs. « La Hongrie se prive d’une alternative crédible pour protéger sa sécurité énergétique à long terme. Nous demeurons captifs d’un partenaire qui utilise l’énergie comme une arme », déplore un député de l’opposition. Des experts rappellent que l’abandon du pétrole russe implique des ajustements, mais soulignent les financements européens disponibles et les besoins d’investissement déjà identifiés pour l’adaptation des raffineries.\n\n
Cette posture hongroise n’est pas sans implications sur la politique énergétique européenne. En bloquant certains régimes de sanctions touchant le pétrole russe, Budapest a négocié pour elle-même des dérogations qui lui permettent, à ce jour encore, de s’approvisionner sans contrainte énergétique majeure. Ce choix isole la Hongrie au sein de l’UE mais met aussi en lumière les divisions persistantes des 27 face à la Russie. « Le dossier Adria met en lumière les ambiguïtés de la politique hongroise. Faute de diversification, la vulnérabilité énergétique de la Hongrie risque de s’aggraver à moyen terme, dans un environnement incertain », analyse un consultant du secteur.\n\n
Pour l’heure, la Hongrie poursuit son approvisionnement par Druzhba et repousse les appels à la transition via l’oléoduc Adria. Une situation qui risque d’alimenter, à mesure que la guerre en Ukraine se prolonge, le débat sur la sécurité énergétique et la solidarité européenne face à Moscou.
