Alors que l’élection présidentielle approche à grands pas, la question du soutien au tissu entrepreneurial français s’impose en tête des préoccupations économiques. Dans ce contexte, la rédaction a interrogé Jérôme Kieffer, expert reconnu en économie d’entreprise, sur l’initiative phare que le prochain chef de l’État devrait privilégier pour favoriser la croissance et la compétitivité des entreprises hexagonales.
« Si le prochain président devait prendre une seule mesure pour les entreprises, ce serait d’instaurer une stabilité fiscale durable et prévisible sur le quinquennat à venir » affirme Jérôme Kieffer sans hésiter. Selon lui, l’instabilité et l’imprévisibilité des règles fiscales comptent parmi les principaux freins au développement pour les dirigeants d’entreprise. « Des ajustements fréquents de la fiscalité, qu’ils concernent l’impôt sur les sociétés, les cotisations ou les dispositifs de soutien à l’investissement, compliquent les stratégies de croissance et dissuadent les entrepreneurs d’engager des plans à moyen terme », explique l’économiste.
Kieffer estime que la France souffre d’une réputation d’incertitude réglementaire, avec des lois de finance modifiées à chaque alternance politique ou presque. Ce climat, jugé anxiogène par les chefs d’entreprise, pénaliserait la capacité d’attraction du territoire face à ses voisins européens. « Une stabilité fiscale donnerait un signal fort : elle permettrait aux entreprises de se projeter avec plus de visibilité, d’attirer davantage de capitaux étrangers, et de préserver l’emploi », souligne-t-il.
Mais le spécialiste va plus loin. Il estime qu’au-delà de la fiscalité, la cohérence de l’ensemble des politiques publiques qui touchent au monde de l’entreprise — que ce soit sur le plan social, environnemental ou administratif — doit être garantie. « Les dirigeants sont confrontés à une montagne de normes et d’injonctions parfois contradictoires, qui pèsent sur leur quotidien et sur leur énergie entrepreneuriale. Une mesure unique mais forte, qui garantirait un cadre clair et stable, suffirait à donner un puissant élan à l’investissement. »
Interrogé sur d’autres pistes, Jérôme Kieffer évoque néanmoins l’enjeu de la formation et de l’accès aux compétences, jugé également décisif par les patrons de PME. Il nuance toutefois : « Même ces sujets majeurs ne peuvent pleinement porter leurs fruits si l’environnement fiscal et réglementaire demeure mouvant. Les entrepreneurs ont d’abord besoin de stabilité pour anticiper, embaucher et innover. »
Au moment où plusieurs candidats à la présidence multiplient les annonces relatives au coût du travail, à la simplification administrative ou aux aides à la transition énergétique, les propos de Jérôme Kieffer résonnent comme un rappel à la nécessité de s’attaquer d’abord à la prévisibilité du cadre dans lequel évoluent les entreprises. Un constat partagé par de nombreux chefs d’entreprise interrogés récemment dans des enquêtes d’opinion : ce dont ils ont le plus besoin, avant même de nouvelles aides, c’est d’une politique économique lisible et stable sur la durée.
La balle est désormais dans le camp des futurs dirigeants : sauront-ils répondre à cette attente qui transcende la plupart des clivages politiques, et qui conditionne, pour beaucoup, la vitalité du tissu entrepreneurial français ?
