Alors que le conflit en Iran continue de plonger la région dans l’incertitude, les répercussions économiques se font de plus en plus ressentir, en particulier sur la politique monétaire du pays. De nombreux économistes et experts estiment aujourd’hui que la rigidité de la politique monétaire adoptée par les autorités iraniennes pourrait compromettre les efforts d’investissement indispensables pour soutenir l’économie nationale, déjà fragilisée par la guerre en cours.\n\nDepuis le début des hostilités, la Banque centrale iranienne a opté pour le maintien d’un certain cap en matière de taux d’intérêt et de contrôle monétaire, craignant qu’un assouplissement trop rapide n’alimente l’inflation, qui atteint déjà des sommets historiques. Pourtant, certains économistes mettent en garde contre les effets pervers d’une attitude trop prudente dans le contexte actuel. « La politique monétaire devrait être plus souple pour ne pas tuer l’investissement », explique l’analyste Reza Pourshaban, qui souligne que le resserrement du crédit risque d’aggraver la chute des projets entrepreneuriaux et industriels.\n\nAvec un système bancaire sous pression et une inflation annuelle dépassant les 40 %, les entreprises iraniennes peinent à accéder aux financements nécessaires pour garantir leur survie. Selon plusieurs chambres de commerce régionales, de nombreux chantiers d’investissement ont été mis en pause, en partie à cause des coûts exorbitants du crédit et d’un accès restreint aux liquidités. Les secteurs stratégiques tels que l’énergie, la construction ou l’agroalimentaire se voient contraints de retarder voire d’abandonner des plans de développement pourtant essentiels à long terme.\n\nAu sein du gouvernement, la question divise. Les partisans du statu quo avancent qu’un laxisme monétaire pourrait conduire à une spirale inflationniste incontrôlable, sapant le pouvoir d’achat de la population déjà lourdement éprouvée par la crise. Mais pour d’autres, à commencer par les milieux d’affaires, la priorité doit être donnée à la survie du tissu productif local, seule garantie d’une certaine résilience sur le moyen terme. « Sans soutien de la banque centrale, l’investissement domestique risque de s’effondrer. Tout cela aurait des conséquences sociales majeures », alerte un dirigeant d’entreprise sous couvert d’anonymat.\n\nDes économistes internationaux, consultés par la presse, rappellent qu’il existe une marge de manœuvre pour doser plus finement la politique monétaire, même en temps de guerre. « Des instruments comme les lignes de crédit ciblées à taux préférentiels, ou des garanties de la part de l’État, permettraient de relancer certains investissements sans relâcher excessivement la bride sur l’inflation globale », suggère la chercheuse Leyla Amouzegar. Plusieurs études sur les économies émergentes en contexte de conflit armé montrent que des mesures ciblées d’assouplissement s’avèrent plus efficaces qu’une approche générale.\n\nAlors que la guerre se prolonge et que la stabilité économique s’érode, la pression monte sur les autorités iraniennes pour revoir leur stratégie. Beaucoup s’accordent sur la nécessité de trouver un équilibre subtil, afin de ne pas sacrifier l’investissement sur l’autel de la stabilité monétaire. Dans un contexte aussi inflammable, toute décision en la matière s’avère lourde de conséquences, non seulement pour l’Iran, mais aussi pour l’ensemble des partenaires économiques de la région.
