Le groupe Kering traverse une période de turbulence sans précédent. Après plusieurs résultats décevants et une perte notable de vitesse sur le marché du luxe, la maison mère de Gucci, Balenciaga et Saint Laurent a fait appel à une figure emblématique du management européen : Luca de Meo. Ancien dirigeant de Renault et chef d’orchestre du redressement spectaculaire du constructeur français, Luca de Meo a pour mission de redonner souffle et ambition à un empire fragilisé par la concurrence et des stratégies récemment remises en question.

À l’heure où la concurrence, menée notamment par LVMH et Hermès, affiche une santé insolente, Kering se cherche une nouvelle dynamique. Les derniers chiffres économiques publiés par le groupe témoignent d’une érosion de ses parts de marché, sous l’effet d’une demande moins soutenue en Chine mais aussi d’une stratégie commerciale perçue comme moins audacieuse par les analystes. L’arrivée de Luca de Meo symbolise la volonté du conseil d’administration d’inverser la tendance et de retrouver une trajectoire de croissance, grâce à des méthodes managériales éprouvées.

Luca de Meo, 56 ans, n’est pas étranger aux situations de crise. Chez Renault, il s’est distingué par sa capacité à rétablir la profitabilité du constructeur, tout en instaurant une culture d’innovation et d’agilité. Les premiers éléments de sa méthode chez Kering commencent à se dessiner : imposer un rythme intense dans la prise de décision, renforcer la coordination entre les différentes maisons du groupe et accélérer le lancement de nouveaux projets. « La clé, c’est l’ambition », confie un proche du dirigeant. « Luca de Meo veut bousculer les habitudes, remettre en cause ce qui semble acquis pour stimuler la créativité et la réactivité ».

De fait, sa stratégie repose sur trois piliers : l’instauration d’une pression saine sur les équipes – destinée à sortir de la zone de confort –, une accélération de l’innovation produit et la fixation d’objectifs à la fois réalistes et audacieux. Cette méthode, qui combine rigueur et inspiration, s’accompagne d’un mode de gouvernance plus horizontal, donnant davantage de place à l’initiative individuelle. « Il encourage l’expérimentation tout en veillant à ce que les résultats tombent rapidement », explique un collaborateur sous couvert d’anonymat.

Pour Kering, l’enjeu est de taille. Si la marque Gucci continue d’être un moteur, le marché attend des signes concrets d’un renouvellement, aussi bien sur le plan créatif que commercial. L’une des premières mesures observées concerne le renforcement de la communication entre les maisons et la mise en place de synergies jusque-là peu exploitées, tout en préservant l’identité forte de chaque entité. Sur le volet financier, des objectifs de croissance à deux chiffres ont été fixés pour plusieurs divisions, signe d’une nouvelle exigence assumée.

Luca de Meo devra néanmoins composer avec des défis structurels propres au secteur du luxe, notamment la volatilité de la demande internationale, les enjeux de développement durable, et la pression pour rester à l’avant-garde des tendances tout en préservant l’héritage patrimonial des maisons. Sa capacité à insuffler un nouveau souffle sans casser l’équilibre délicat entre tradition et modernité sera scrutée de près.

Entre optimisme des uns et prudence des autres, le style de Luca de Meo intrigue déjà la place de Paris comme le monde de la mode. Les mois à venir seront décisifs pour mesurer sa faculté à transformer l’essai et à offrir à Kering un nouvel élan dans la cour des plus grands du luxe mondial.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *