La France, longtemps championne européenne de l’attractivité des investissements étrangers, verrait-elle son éclat s’estomper ? Selon les résultats du dernier baromètre annuel réalisé par EY, l’enthousiasme des investisseurs pour l’Hexagone semble en effet marquer le pas, soulevant interrogations et inquiétudes parmi les observateurs économiques et les décideurs politiques. \n\n
Pour la cinquième année consécutive, la France reste en tête du classement européen en matière de créations de projets par des entreprises étrangères. Ce leadership, patiemment acquis grâce à une politique résolument pro-business, un tissu industriel dense et une main-d’œuvre qualifiée, n’est pourtant plus synonyme d’une avance indiscutable sur ses voisins. « Nos lauriers sont en train de faner », mise en garde relayée par plusieurs experts, traduit le climat d’incertitude qui prévaut désormais. \n\n
Si la France conserve la première place avec un nombre de projets annoncés à peu près stable, la croissance du volume d’investissements étrangers ralentit nettement. Cette dynamique contrastée se manifeste par une stagnation, voire un léger recul dans certains secteurs clés, en particulier l’industrie manufacturière et la recherche-développement. Outre-Rhin, l’Allemagne et le Royaume-Uni se montrent de plus en plus offensifs. Ces deux concurrents directs gagnent du terrain, notamment en attirant des implantations technologiques ou de nouveaux centres de décision, autrefois captés par la France.\n\n
Certes, la qualité de vie française, le poids de la recherche scientifique, l’écosystème innovant des grandes métropoles et les réformes entreprises ces dernières années – en particulier sur la fiscalité de l’investissement et la flexibilité du marché du travail – continuent de séduire. Mais cette attractivité, mesurent les auteurs du baromètre, n’est plus à l’abri d’un retournement. Le contexte international, marqué par des instabilités géopolitiques, mais aussi les rivalités fiscales entre États européens et le regain de volontarisme public au Royaume-Uni et en Allemagne, pourrait rebattre les cartes plus rapidement que prévu.\n\n
Autre point d’alerte souligné par l’étude : l’évolution du stock d’investissements. Si les projets restent nombreux, leur taille baisse et la création effective d’emplois patine. De plus, les investisseurs interrogés par EY se montrent de plus en plus attentifs à la rapidité et la stabilité des décisions publiques, pointant les incertitudes autour du coût du travail, du prix de l’énergie et la complexité administrative française, régulièrement citée comme un frein.\n\n
Dans ce climat, le gouvernement réaffirme sa volonté de poursuivre le mouvement de simplification, de soutien aux filières stratégiques et de renforcement de la formation. Le sommet « Choose France », qui réunit chaque année à Versailles des géants mondiaux, a encore vu cette année plusieurs annonces d’envergure. Cependant, ces initiatives suffiront-elles à prolonger l’attractivité française dans la durée ? \n\n
Les entreprises, elles, scrutent l’évolution de la politique industrielle européenne et la trajectoire de la transition énergétique, deux enjeux déterminants pour la compétitivité à moyen terme. L’heure est donc à la vigilance : selon EY, la tentation d’un « attentisme » des investisseurs est réelle. En définitive, la France demeure une destination de premier plan, mais doit veiller à ne pas céder à l’immobilisme face à la concurrence toujours plus aiguisée de ses voisins européens.
